© TF1Trop d'amniocentèses sont réalisées en France (une femme sur dix) et ce dépistage prénatal de la trisomie 21, "à l'origine de fausses-couches et source d'anxiété pour les femmes", n'est pas toujours justifié, selon la Haute autorité de santé (HAS).
Elle recommande donc de limiter cet examen en proposant "aux femmes enceintes durant le premier trimestre de la grossesse, un dépistage associant deux examens : une mesure de la clarté nucale au cours de l'échographie du troisième mois et un prélèvement sanguin afin de doser des marqueurs maternels". Par ailleurs, la réalisation d'une amniocentèse "d'emblée" pour les femmes de 38 ans et plus "n'est plus justifiée". Une décision qui interpelle le docteur Guy-Marie Cousin, secrétaire général du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens (Syngof).
LCI.fr : Que pensez-vous de la recommandation de la HAS ?
Guy-Marie Cousin : On a une petite réticence en tant que professionnels. Je vois mal comment les médecins et les familles qu'ils suivent pourraient se satisfaire d'une recommandation qui aboutirait à supprimer l'amniocentèse au deuxième trimestre et se contenter d'un examen au premier trimestre.
Aujourd'hui, un tout petit nombre de couples est prêt à accepter la naissance d'un enfant avec un handicap. La très grande majorité des futurs parents nous demande de tout mettre en œuvre pour que la grossesse se passe bien et pour que l'enfant naisse sans handicap ou malformation. J'ai donc peine à croire que cette recommandation va faire baisser le nombre d'amniocentèses.
LCI.fr : Un des arguments avancés par la HAS est le nombre de fausses-couches provoquées par ce dépistage...
G.-M. C. : Il faut mettre ce risque [6000 interruptions médicales de grossesse pratiquées en 2004 à la suite d'amniocentèses, NDLR] en balance avec les 220.000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) annuelles. Imaginez que le risque de trisomie ne soit pas mauvais mais "limite" lors du premier dépistage, va-t-on alors se dispenser de l'amniocentèse plus tard ? Et puis, il faut savoir que le risque de fausse-couche suite à une amniocentèse est moindre que par biopsie de trophoblaste [analyse génétique qui consiste à prélever directement des tissus].
LCI.fr : 15% des femmes enceintes subiraient une amniocentèse en France, ce qui serait un record mondial selon Le Parisien. N'est-ce pas une façon pour les praticiens d'éviter d'éventuels procès ?
G.-M. C. : Si un enfant naît avec une anomalie alors que le médecin n'a pas proposé d'amniocentèse, la famille peut se retourner contre lui. Et que vaudra la recommandation de la HAS face au juge ? Mes collègues de l'Assistance publique sont plus à l'aise car ils sont assurés par l'hôpital : les risques personnels sont beaucoup moindres que pour les obstétriciens libéraux.
LCI.fr : Mais comment expliquez-vous ce record mondial ?
G.-M. C. : C'est la pression de la société. Les gens veulent des enfants mais des enfants parfaits. Comment résister à la demande d'une famille ?
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