tf1- Fruits et Légumes sur un marché © tf1LCI.fr : Une enquête montre que 68% des parents interprètent le message de santé de travers et que 57% des enfants et 38% des parents ne voient même pas le message. Selon vous, à quoi est dû ce déficit de réception du message ?
Didier Chos : Je ne suis pas du tout étonné par ces chiffres. Les raisons de cette incompréhension sont nombreuses.
Tout d'abord, il y a un problème de fond : la crédibilité du message. Le public reçoit sans cesse des informations contradictoires, ce que le sociologue Claude Fischler a appelé la "cacophonie alimentaire". En résulte un message incohérent qui n'est pas compris.
En outre, ces messages sont hyper-simplifiés. Ils expliquent, par exemple, que la graisse n'est pas bonne pour la santé mais que les fruits sont très bons pour notre équilibre. Or, la graisse est bonne pour la santé, voire indispensable. C'est la notion de quantité et de qualité du produit qui doit entrer en compte. Or dans les messages simplifiés ces nuances ne sont pas expliquées. Il faut un message plus approfondi.
Il faut également souligner que l'industrie agro-alimentaire produit depuis des années des aliments gras et sucrés et s'est davantage souciée du coût de production que de la santé du grand public. Il est donc très difficile de croire ces industries aujourd'hui.
LCI.fr : Pensez vous que la forme du message joue également sur son incompréhension ?
D.C : Bien sûr, après les problèmes de fond, viennent les problèmes de forme. La publicité du produit est en couleur, en musique et souvent rythmée, elle attire donc tous les sens. Quand apparaît le message de prévention sanitaire qui est terne, il est complètement noyé par la publicité. De plus, comme c'est toujours le même message qui apparaît, lorsque le peu de personne qui l'ont vu l'on lu deux ou trois fois, ils n'y font plus du tout attention la quatrième. En outre, comment peut-on croire que l'on peut modifier le comportement d'un enfant avec un petit bandeau illisible !
LCI.fr : Certains demandent la suppression définitive des publicités pour les aliments sucrés et gras lors des émissions consacrées aux enfants. Pensez-vous que ce soit une solution efficace ?
D.C : L'interdiction n'est jamais la solution, c'est beaucoup trop drastique. C'est surtout irréalisable en raison de l'importance des industries agro-alimentaires.
LCI.fr : Quelles solutions préconisez-vous pour lancer une campagne de prévention sur la nutrition ?
D.C : Je préconiserais des messages pédagogiques. C'est le même principe que pour vendre des produits : pour inciter le public à se nourrir mieux et à faire du sport, il faut lui donner envie. Il faut parler à l'intelligence des gens et leur expliquer pourquoi il est bénéfique de bien manger et faire de l'activité physique. Les experts de la transmission d'un message, neurologues et sociologues, ne sont pas assez écoutés. Il ne faut pas oublier que les experts en recommandation ne sont pas des experts en communication. La solution réside dans la mise en place d'un message très pointu et dans l'idéal, ce message doit être individualisé. Il faut sortir des slogans, trop réducteurs et donc mal compris, et de la leçon de morale.
Une chose est sûre, on ne peut plus se contenter de messages courts. Même les officiels racontent des contre-vérités scientifiques à la télévision pour défendre leur place. La vérité scientifique est discutable, pas uniforme. Du coup, la meilleure façon d'informer le public est de débattre.
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