Pédophile : quelle thérapie pour la victime ?

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 17 août 2007 à 16h52 , mis à jour le 17 août 2007 à 17h29

Interview - Le pédopsychiatre Alain Lazartigues explique comment se déroule la prise en charge d'un enfant victime de pédophilie. Le suivi psychothérapique est d'autant plus efficace qu'il est engagé tôt.

TF1 / LCI Image d'archivesImage d'archives © LCI

LCI.fr : En quoi consiste l'intervention du pédopsychiatre auprès d'un enfant victime de sévices sexuels ?

Alain Lazartigues, professeur de pédopsychiatrie au CHU de Brest : Ce qui est essentiel, c'est l'élément traumatique, c'est-à-dire le fait d'être brutalement soumis à une situation non prévue et de se retrouver ainsi débordé par des angoisses, des peurs. Dans le cas de l'affaire du petit Enis, il y a un double traumatisme : le premier est lié à l'enlèvement, qui implique une séparation brutale, une menace sur la vie ; le second est lié à l'agression sexuelle, avec tout ce que cela provoque comme effroi, comme douleur, comme crainte de la mort.

Dans un premier temps, on met donc en place un débriefing pour que l'enfant puisse dire ce qu'il souhaite dire [sur son agression, NDLR] sans qu'on le force. Le but de l'approche psychothérapique, c'est d'aider l'enfant à transformer un traumatisme, dont l'intensité ne s'érode pas dans le temps, en un mauvais souvenir, dont la douleur est moins forte au fil des mois et des ans. Le thérapeute est là pour offrir une écoute et un accueil à l'enfant ainsi qu'aux parents. Non seulement parce que les parents sont aussi très marqués mais parce que l'évolution de l'enfant va dépendre de leur soutien.
 
LCI.fr : Comment réussir à ne pas brusquer l'enfant pour le faire parler alors que la police essaie certainement de recueillir le maximum d'informations pour mener l'enquête ?

A. L. : Les policiers qui abordent ce type d'affaires ont souvent beaucoup d'expérience dans ce domaine. Ils interviennent avec doigté. Les enquêteurs enregistrent parfois leur entretien avec l'enfant pour éviter qu'il ait à raconter de trop nombreuses fois son histoire aux différents experts. Aux Etats-Unis, on pousse l'enfant à tout raconter en détails, pas en France. 

"Aux Etats-Unis,
on pousse l'enfant
à tout raconter
en détails,
pas en France"

 

LCI.fr : Quelles méthodes employez-vous pour que l'enfant raconte son traumatisme ?

A. L. : A cinq ans [l'âge d'Enis, NDLR], le thérapeute va lui proposer de raconter une histoire ou de dessiner ou de jouer, ou encore de lire un petit livre. S'il est en confiance, il va forcément en venir au drame qu'il a vécu. Nous, thérapeutes, nous essayons de ne pas induire quoi que ce soit mais de proposer un complément à son scénario. Par exemple, si en jouant, il se représente séparé de ses parents avant de se faire mal, on va lui demander comment il s'est fait mal, etc...

LCI.fr : Pendant combien de temps l'enfant va-t-il être suivi psychologiquement ?

A. L. : Après le premier débriefing, le suivi psychothérapique ne va pas durer très longtemps car au bout de quelques semaines, l'enfant et les parents souhaitent tourner la page. Les choses sont à nouveau tendues lorsque le procès arrive.

Ensuite, il y a tout un travail psychothérapique qui est plus centré sur ce que l'agression a provoqué chez l'enfant, sur ce qu'elle a éveillé autour de sa sexualité notamment. Le thérapeute l'aide à réfléchir plutôt que de lui donner des conseils. On l'aide à décompresser : à partir de 7-8 ans, les victimes d'agressions sexuelles ont notamment peur du sida ou de la grossesse. On garde également un œil sur les résultats scolaires, en relation avec les parents et parfois, les enseignants.
 
LCI.fr : Le thérapeute propose-t-il aussi un traitement médicamenteux ?

A. L. : Pas pour les enfants de cinq ans. Si l'enfant est instable, on peut proposer des séances d'orthophonie ou de rééducation pour lui apprendre à mieux maîtriser le langage et son corps. A partir de 10-12 ans, si l'enfant est situation de dépression ou s'il existe un "terrain" dépressif, des antidépresseurs peuvent être utiles.
 
LCI.fr : Quelles séquelles l'enfant va-t-il garder de tels sévices ?

A. L. : Les effets immédiats sont l'angoisse, les troubles du sommeil, l'incontinence, l'agressivité, des difficultés scolaires... A moyen terme, les séquelles les plus problématiques se situent autour de la vie sexuelle, à l'adolescence. Il y aura possibilité d'une réactivation de ces souvenirs. Cela se traduira par des peurs, des phobies, une impossibilité d'avoir des rapports sexuels... Le deuxième moment difficile interviendra quand l'enfant devenu adulte aura lui-même des enfants. Il pourra craindre que la même chose arrive à ses enfants et risque de devenir un parent surprotecteur.

Chez les enfants qui ont été victimes d'abus sexuels au sein de leur famille, il y a risque qu'ils fassent subir eux-mêmes la même chose à leurs enfants ou qu'ils ne protègent pas suffisamment leurs enfants et les laissent traîner dans des endroits potentiellement dangereux. Dans tous les cas, pour limiter au maximum les séquelles, il est important qu'il y ait une prise en charge précoce de l'enfant victime de sévices sexuels.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 17 août 2007 à 16:52
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13 Commentaires

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  • Herve, le 17/08/2007 à 22h27

    Dans les annees 60 il etait tres acceptable d'entendre les intellectuels a la mode declarer que le devoir des adultes etait "d'eveiller les enfants à leur sexualité" y compris par des "jeux". Aujourd'hui la pédophilie est la nouvelle peste noire et on ne peut plus caresser la tete d'un enfant sans s'attirer des regards soupconneux. Ce sont 2 extremes et ils sont tout les deux ridicules. Je pense honnetement que le regard horrifié des parents et les heures chez le psychiatre font plus de mal à l'enfant que l'acte en lui meme. Si par malheur cela etait arrive a mes enfants j'aurais minimise cela au maximum devant eux afin de surtout eviter qu'ils ne se sentent comme des betes curieuses. Si vous croyez que j'exagere tapez "Little rascals day care center" et/ou "Edenton seven" sur Google et vous pourrez lire maints articles sur ce cas classique d'hysterie collective aux USA ou psychiatres, procureurs elus, juges elus et, naturellement, eglises ont fait condamner des educateurs a des peines de prison a vie et on durablement traumatiser des dizaines d'enfants pour une simple histoire de vengeance à la suite de la réprimande d'un enfant. Le pire est qu'alors qu'il a été prouvé que les accusés étaient inniocents de ces faits remontant à 1989, 18ans apres les accuses, qui ont ete separes de leurs enfants pendant des années ,et ont vu leur vies gachées par des années de prison, la justice refuse de reconnaitre son errur et de les dedommager car trop d'organisations "bien pensantes" y perdraient leur crédibilité

  • Barré, le 17/08/2007 à 22h24

    Je suis contre la peine de mort sauf cas extrême pédophilie, meutre d'enfants soit un réferendum par Mr le Président de la République, soit le bagne à vie enchainé et leur donner à casser des blocs de pierre avec un marteaux, cela leur donnera le temps à la réflexion de leurs actes.

  • Ignard, le 17/08/2007 à 22h24

    Encore une fois un enfant est traumatise a vie par la folie de certains hommes la solution radicale serait la castration chimique...... quand un homme politique courageux pensera a cette decision bien sur on evitera pas tous ses drames mais on ne touche pas a un enfant le pricipe doit venir de la reagissons tous contre cela stef

  • Dan, le 17/08/2007 à 21h46

    Vous avez raison françois de rouen....Pendant qu'on focalise l'opinion sur ce genre de fait divers, suscitant des réactions malsaines, on ne parle pas par exemple des trafiquants de drogue qui eux plongent dans la détresse et souvent la mort des pauvres gosses et leurs familles avec toutes les conséquences sociales et la, il ne s'agit pas de 5 pour 1000....Et ces salauds ne sont pas des malades, ils font ça pour le fric, mais ça n'intéresse pas le bon peuple....Vous avez vu un procès de ces grands trafiquants....Des procès de menus fretins....Oui....Personne ne réclame leur tête.....Il faut croire qu'il y a des crimes "bon chic...bon genre" et que les affaires de pédophilie ne se passe que dans les basses couches de notre société....

  • François, le 17/08/2007 à 21h10

    Et une fois encore, des réactions moyennageuses pour ce simple fait divers. Mais ouvrez les yeux, vous voulez la peine de mort pour un pauvre type malade, mais qui n'a pas tué ce gosse, et qui n'a jamais tué personne. C'est un malade, point barre. Il faut le mettre hors de la circulation, une bonne fois pour toute, avec des moyens appropriés et en rapport avec ses actes délictueux. Si on vous suit Mesdames et Messieurs, on en revient a l'époque de l'inquisitionn où, on lapidait en public la femme infidéle, on tranchait un bras au mome qui volait une pomme. Faut être un peu sérieu, et voir plus loin que le bout de son nez, et surtout arréter d'avoir des réactions épidermiques de ce genre ... sinon, on revient en arriére !!!! Je ne défends absolument pas ce qu'a fait ce type au petit bonhomme, mais si on le condamne à mort lui, que fait on a ceux qui font pire ?... Et malheureusement, il y en a !!!!!

  • Sophie, le 17/08/2007 à 20h54

    La réaction de "Yvon,Brest" est un peu disproportionné. Selon lui il faudrait le peine de mort pour les femmes qui avortent, c'est leur corps et elles en font ce qu'elles veulent. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est vous êtes un homme alors soyez plus tolérent. Il vaut mieux avorter que mettre au monde un enfant qui sera abandonné, mal aimé!!!

  • CAILLERET, le 17/08/2007 à 20h49

    Il est inadmissible de voir des multi-récidivistes comdamnés ne pas faire leurs peines de prison. Si la libération conditionnelle ou surveillée est prononcée elle devrait être en association d'une mutilation du membre du coupable afin qu'il ne puisse plus agresser des enfants

  • Dan, le 17/08/2007 à 20h40

    A lire les réactions de certains internautes, j'ai l'impression qu'un suivi psychiatrique n'est pas seulement nécessaire pour les pédophiles....On est même plus au "moyen âge" mais carrément retourné à l'homme des cavernes.....

  • Gerard, le 17/08/2007 à 20h08

    Il serai peut etre souhatable d appliquer la methode americaine qui consiste dans un premier temps de permettre a l enfant de se vider de toutes les atrocitées qu il ou qu elle a subie et de pouvoir avoir un suivi medical plus approprié que son histoire soit fimé pour lui evier d avoir a recommencer a chaque fois que la justice lui demande dans un second temps son temoignage sera consideré comme preuve a charge et que le proces soit fait a hui clos voila deja a mon avis ce qui pourrai aiderl enfant a reprendre gout a la vie ce qui ne sera ps evident

  • PERRIN, le 17/08/2007 à 20h07

    Le problème des récidivistes d'actes sexuels reste posé, une fois de plus et donc, une fois de trop...

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