© SXC.HUPour appeler les secours, les Français ont trois options : le 15 pour le Samu, le 18 pour les pompiers et le 112, numéro européen, qui renvoie vers la police, le Samu ou les pompiers. Une "offre" peu claire et surtout mal organisée, selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) qui tient son 114e congrès, de mercredi à samedi à Clermont-Ferrand. L'occasion de défendre une réforme des secours, comme l'explique à LCI.fr le secrétaire général de la Fédération, le lieutenant-colonel Jean-Marie Lincheneau.
LCI.fr : Que reprochez-vous à l'organisation actuelle des secours ?
Jean-Marie Lincheneau : C'est une question de dogme pour le Samu : le médecin est seul capable d'évaluer la situation et d'intervenir. Or le corps des sapeurs-pompiers comprend 6000 infirmiers et médecins qui sont aptes à intervenir dans l'attente de l'arrivée d'un médecin. Mais leurs compétences ne sont pas toujours reconnues. Lors d'interventions, il arrive que l'on dise aux sapeurs-pompiers : "Attendez, un médecin vient pour repasser les bilans". C'est une gabegie, y compris financière.
LCI.fr : Comment en est-on arrivé à cette situation ?
J.-M. L. : Les secours à personnes se dégradent continuellement. Ce n'est pas l'état-major qui le dit mais les sapeurs-pompiers de base. Ces personnes, qui assurent les 2,8 millions d'interventions annuelles sur un total de 3,5 millions, ont rédigé un manifeste. Il pointe un triple phénomène : d'abord, il y a de plus en plus de demandes de secours, qu'elles soient justifiées ou non. Ensuite, il y a de moins en moins de médecins disponibles pour ces secours : cela s'explique par le numerus clausus [le nombre d'étudiants en médecine autorisé, NDLR], la moindre disponibilité des médecins qui ne veulent plus être corvéables à merci et aux étudiants en médecine qui privilégient les postes de spécialistes au détriment des postes de généralistes.
Enfin, la culture du Samu, c'est être sûr que l'on va intervenir à bon escient. Or, s'assurer que l'envoi d'un médecin est nécessaire avec des gens qui ne peuvent ou ne savent pas toujours bien s'exprimer au téléphone, c'est perdre du temps - 7 à 8 minutes - là où chaque seconde compte.
LCI.fr : Quelles solutions préconisez-vous ?
J.-M. L. : Quel que soit le numéro appelé - le 15 pour le Samu, le 18 pour les pompiers ou le 112 européen -, il faut donner une réponse unique ou protocolisée. Et ce protocole doit permettre d'examiner un cas en moins de 30 secondes, qu'il y ait urgence ou pas. C'est comme cela que cela fonctionne chez les sapeurs-pompiers. En cas de doute sur l'urgence de l'appel, le doute doit bénéficier à l'appelant, même si cela implique quelquefois que les secours soient surdimensionnés.
LCI.fr : Les moyens actuels permettent-ils de mettre en place cette réforme ?
J.-M. L. : Les sapeurs-pompiers, ce sont 250.000 hommes et femmes formés aux secours, répartis dans 12.000 plateformes à travers le pays. Ce que nous proposons est dimensionné à ce que nous pouvons faire. Et ce que l'on fait aujourd'hui, nous pourrions le faire mieux et plus vite.
LCI.fr : Les autorités sont-elles sensibles à vos revendications ?
J.-M. L. : Nous avons alerté notre administration de tutelle, la ministre de l'Intérieur, et le président de la République il y a quinze jours. L'une et l'autre se rendront à notre congrès. J'ai l'impression que notre manifeste est bien perçu. C'est la même chose du côté de la population et des élus de base. Contrairement à ce que prétend le Samu, nous ne souhaitons pas "allumer une guerre" mais arrêter une dégradation qui tue tous les jours.
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