Des travaux de désamiantage © LCIIls étaient cinq, quatre hommes et une femme. Volcanologue, physicien, paléontologue, ingénieur en océanographie, professeur de mathématiques... Tous présents pendant des années sur le campus parisien de Jussieu, travaillant tous à proximité d'un chantier de flocage au moment de la construction des bâtiments... et tous sont morts d'un cancer. Plus précisément d'un mésothéliome pleural, un cancer de la plèvre, directement lié à la présence du matériau nocif. Une étude publiée ce mardi confirme le lien entre leur maladie et l'amiante, confirmant du même coup "l'importance de l'impact sanitaire d'une exposition passive à l'amiante".
A côté des maladies professionnelles reconnues dans des métiers exposés au maniement de l'amiante, il faut donc ajouter les risques, désormais prouvés, liés à la présence d'amiante dans l'environnement. Et le cas du campus de Jussieu est particulièrement emblématique, puisque le chantier colossal de son désamiantage, annoncé en 1996, démarré en 1997, n'est toujours pas terminé. "Parmi les cinq personnes, nées en 1934 et 1942, aucune exposition professionnelle active, domestique ou environnementale n'a pu être identifiée, excepté l'utilisation rare de produits de protection pour certains", soulignent Catherine Buisson (de l'Institut de veille sanitaire), Marcel Goldberg (de l'Inserm) et leur collègues dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire.
Des bureaux recouverts de poussières
Les quatre enseignants chercheurs et l'ingénieur avaient travaillé sur le campus entre dix et 35 ans. Le volcanologue "s'était souvent plaint de devoir dépoussiérer son bureau de poussières tombée du faux-plafond", l'informaticienne et le paléontologue avaient également témoigné avoir nettoyé fréquemment leur bureau recouvert de poussières. Le mésothéliome pleural de ces cinq patients a été diagnostiqué entre 2001 et 2002, soit une quarantaine d'année après leurs débuts professionnels dans ces lieux pollués. Quatre d'entre eux "avaient été exposés de façon avérée à l'amiante", comme en atteste la présence de plaques pleurales, soulignent les chercheurs.
Cette étude vient renforcer les mises en garde lancées depuis des années par le Comité Anti-Amiante Jussieu, mais jamais étayées par des études sanitaires officielles. En mars 2005, il fournissait les chiffres suivants : " Il y avait à l'automne 2004, 110 personnes déclarées en maladie professionnelle liée à l'amiante sur le campus Jussieu. (...) Ces chiffres sont ceux fournis par les services médicaux des universités. Ils ne sont pas exhaustifs, notamment parce que les services médicaux ne prennent pas en compte les personnes qui changent de lieu de travail, ni toutes celles qui partent à la retraite". Parmi les personnes touchées, des "personnels des services techniques et de nettoyage", mais aussi des "administratifs, techniciens, ingénieurs, enseignants, chercheurs", qui n'avaient théoriquement aucun contact direct avec l'amiante de par leur métier.
Avec agence
Jussieu "désamienté aux deux tiers", selon Pécresse |
La ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a affirmé mardi que le campus parisien de Jussieu était aujourd'hui "aux deux-tiers désamianté" et que le désamiantage serait terminé "d'ici fin 2011" soit au moins deux ans plus tard que prévu par l'université. Le chantier colossal du désamiantage du campus de Jussieu, annoncé en 1996, démarré en 1997, n'est toujours pas terminé. En 2006, l'université indiquait qu'il devait s'achever en 2008-2009 et que la réintégration totale devait avoir lieu dans les locaux en 2011. "Nous pensons, nous sommes dans l'optique de finir les travaux, de désamianter intégralement et de rénover intégralement le campus d'ici fin 2011", a-t-elle assuré. |
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