Traitement par radiothérapie à l'hôpital d'Epinal © TF1/LCILes cafouillages ont duré des années dans le service de radiothérapie de l'hôpital Jean Monnet d'Epinal, en silence ou presque. Puis ont été évoqués les premiers cas de surdoses de rayons. Quelques cas tout d'abord, dont plusieurs mortels. Les patients concernés sont bientôt passés à quelques dizaines, quelques centaines... Au total, entre 1989 et 2006, ce sont plus de 4900 malades traités par radiothérapie qui ont reçu des surdoses, à la suite de trois erreurs distinctes. Cas le plus grave, et qui a rendu l'affaire publique : vingt-quatre hommes, traités pour un cancer de la prostate, ont fait l'objet d'un surdosage de l'ordre de 20%, entre mai 2004 et août 2005 ; cinq sont morts. Dans les autres cas, la surirradiation oscillait entre 7% et 8%.
Malgré les promesses gouvernementales, les victimes veulent aujourd'hui se battre pour que soient rendues publiques les raisons d'un tel enchaînement d'erreurs. Elles ont créé l'Association vosgienne des surirradiés de l'hôpital d'Epinal (AVSHE), qui a tenu samedi sa première assemblée générale. Devant la centaine des 125 adhérents présents à la réunion, le président de l'association, Philippe Stabler, a réclamé une nouvelle fois des indemnisations qui tardent et s'est dit décidé à "aller à la bagarre", alors que les plaintes au pénal s'accumulent.
Manque de personnel, changement de protocole...
Les deux juges d'instruction chargés du dossier, Anne-Marie Bellot et Pascal Gand, seront le 17 octobre à Epinal pour entendre les victimes. A côté de ce volet judiciaire qui s'ouvre à peine, l'enquête administrative révèle déjà les failles qui ont rendu le drame possible. Vendredi, deux rapports de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) ont été présentés publiquement devant le conseil de l'Ordre des médecins à Nancy. Ils n'épargnent ni les radiothérapeutes, ni la Ddass (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales), ni la direction de l'hôpital d'Epinal. "Les tensions qui existaient entre direction et médecins rendaient difficile la gouvernance" de l'établissement, accuse l'Igas.
Le service de radiothérapie ne disposait que d'un radiophysicien, partagé avec un autre site, alors qu'il en aurait fallu un deuxième. En 2004, l'un des deux praticiens avait démissionné de son poste de chef de service pour s'être fait refuser par la direction ses demandes répétées d'investissements et de formation du personnel. En 2005, son collègue s'était étonné d'un changement de protocole de radiothérapie. Mais son radiophysicien lui avait assuré qu'il n'y avait aucun risque pour les patients, d'après l'Igas.
En octobre 2005, une réunion de la Ddass des Vosges évoquait pour la première fois la surirradiation de patients. De cette rencontre, "il n'est sorti aucun document", accuse l'Igas. Verbalement, la directrice de la Ddass aurait assuré à ses radiothérapeutes qu'il "n'y avait pas lieu d'inquiéter les malades". Un des rapports pointe en outre la "désinvolture certaine" de l'un des radiothérapeutes. A la suite de la présentation de ces rapports, l'Ordre des médecins a accordé deux mois aux médecins pour préparer leur défense. L'affaire sera ré-examinée le 7 décembre.
Avec agence
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