© sxc.hu"La défaite ignominieuse des All Blacks infligée par les Français a plongé la Nouvelle-Zélande dans le deuil car notre psyché nationale a été blessée". Le Dominion Post, un journal néo-zélandais, n'y va pas par quatre chemins lundi pour expliquer la détresse qui frappe la population de l'archipel austral (lire à ce propos le témoignage d'une expatriée française : "La Nouvelle-Zélande vit un deuil national").
"La plupart des gens avec lesquels j'ai parlé ont été choqués de constater à quel point ils avaient été affectés par [la défaite] alors qu'ils ne savaient pas qu'ils y accordaient autant d'importance", témoigne Gordon Hewitt, psychothérapeute à Wellington. Plus qu'un sport, le rugby est vécu comme une "religion nationale" en Nouvelle-Zélande au sens où il lie les gens entre eux. Le psychothérapeute va plus loin : le rugby joue le rôle de la tribu et la défaite de samedi aurait presque été vécue comme la mise en danger de la communauté.
"Passez du temps avec vos enfants"
L'orgueil national en a également pris un coup. "Le rugby est censé être la chose pour laquelle les Néo-Zélandais sont les meilleurs au monde, remarque Gordon Hewitt. Nous sommes plutôt invisibles le reste du temps." Hasard du calendrier, la semaine de la santé mentale débute ce lundi en Nouvelle-Zélande. L'occasion pour les spécialistes de prodiguer quelques conseils pour ne pas sombrer dans la dépression post-Cardiff : "Passez du temps avec vos enfants, faites une sortie avec votre fils, jouez au ballon dans un parc", préconise Marc Wilson, responsable du département de psychologie à l'Université Victoria.
"Ce n'est pas la fin du monde", ajoute-t-il. Un brin fielleux, il balance : "Si je devais rédiger une ordonnance, je dirai de vous convaincre que nous aurions dû gagner s'il n'y avait pas eu tricherie de l'arbitre (lire notre article : "Sur le web, colère noire contre l'arbitrage") et qu'au moins, une équipe de l'hémisphère Sud va gagner". Et d'enfoncer le clou : "Reportez tous vos espoirs sur l'Afrique du Sud".
"Sentiment très fort"
"L'élimination des All-Blacks met en cause l'identité nationale des Néo-Zélandais, laquelle est fondée en grande partie sur le rugby", confirme à LCI.fr Patrick Mignon, responsable du laboratoire Sociologie du sport à l'Institut national du sport et de l'éducation physique (Insep).
Quant à l'impact de la victoire des Bleus sur le moral des Français, le chercheur est plus mesuré. "En France, le rugby n'est pas un sport national, comme en Nouvelle-Zélande", prévient-il. La victoire a "provoqué un sentiment très fort pendant quelques heures" mais, demande-t-il, "a-t-elle incité les gens à offrir le champagne ? A acheter une maison ? A changer leur attitude dans leur entreprise pour devenir plus performants ? A adhérer au nouveau projet politique ? Je suis sceptique."
Même la victoire des Bleus à la Coupe du monde de football en 1998 avait eu des effets difficiles à cerner alors que ce sport est beaucoup plus populaire que le rugby. "On avait célébré la France ‘black-blanc-beur' en juillet 1998 mais il y avait eu des émeutes à Toulouse en septembre et cela n'avait pas fait baisser le score du Front national", souligne le chercheur. Certes, quel que soit le sport concerné, une bonne compétition se traduit par une augmentation du nombre de licenciés. Encore faut-il pouvoir les garder, une fois qu'ils ont découvert un sport et ses contraintes. Mais, concède Patrick Mignon, "un sport gagne toujours à être gagnant".
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