© www.sxc.huIl est 16h passé. Le froid glacial qui s'est abattu sur Paris n'a pas découragé les quelques habitués d'un petit bar-restaurant parisien du 11e arrondissement. Au détour des tables, on discute (et on s'étonne) de la relation entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, du dernier spectacle qu'on est allé applaudir ou encore du 1er janvier. La nuit du réveillon est déjà planifiée dans ses moindres détails, mais on évoque avec inquiétude ce qui va marquer cette nuit "unique" : dès les douze coups de minuit, il faudra écraser sa cigarette et ne plus jamais la rallumer, si on se trouve dans un bar, un restaurant, ou une discothèque. Pascale, fumeuse depuis une quinzaine d'années, soupire. "Ça va être dur de venir ici, et de ne plus allumer ma petite clope". Même sentiment pour Estelle : "Je continuerai à venir, parce que de toute façon, ce sera pareil dans tous les bars. Mais quelque chose manquera à nos petites causeries quotidiennes".
Assise à la table à côté, une tabacologue du Comité national contre les maladies respiratoires, une association qui fait partie de l'Alliance contre le tabac et qui a beaucoup milité pour que les lois anti-tabac soient appliquées en France. Elle n'est pas venue pour boire un café, mais pour écouter ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Pendant trois minutes, sans vraiment se soucier du sablier qui fait office de chronomètre, elle prodigue ses conseils sur le mode du speed-dating. "Les gens ont besoin de date butoir pour se lancer", explique-t-elle. "L'idée, c'est d'accompagner les fumeurs dans un cadre convivial, là où habituellement les fumeurs consomment beaucoup de cigarettes". Pendant ce "rendez-vous" de 180 secondes, la tabacologue donne quelques pistes élémentaires, "parce que bien sur, il est impossible de donner une vraie consultation dans ce laps de temps". "Chaque cas est unique", ajoute-t-elle. "Le plus important, c'est que vous arriviez à casser vos habitudes", dit-elle aux quelques fumeurs qui se sont lancés dans cette consultation chronométrée.
"Maintenant, les barmen ont la loi pour eux"
Depuis le 13 novembre, le Comité national contre les maladies respiratoires parcoure ainsi la France pour prodiguer ses bons conseils à ceux qui souhaitent arrêter de fumer le 1er janvier. "Arrêter le tabac est une démarche avant tout personnelle", explique à LCI.fr Dominique Bacri, directrice du comité parisien de l'association. Cette opération est organisée en collaboration avec un grand laboratoire pharmaceutique, mais pas question de faire la promotion d'une méthode de sevrage. "La seule méthode, c'est celle qui marche. Pendant ces speed-dating, nos tabacologues leurs donnent des pistes, pas des solutions. Ils les orientent dans la plupart des cas vers le médecin traitant, le pharmacien et encouragent même les "speed-datés" à se faire aider de leurs proches pour arrêter de fumer", souligne-t-elle.
"Plus il y a de lieux |
Comité national contre les maladies respiratoires |
Le patron du bar, un non fumeur, est lui plutôt satisfait de l'opération. "C'est convivial, original, et ça permet à nos clients de se rassurer et de se dire que s'ils en ont la volonté, ils peuvent arrêter de fumer", se réjouit-il. "Et puis, l'intérêt, c'est aussi qu'ils reviennent chez nous même quand l'interdiction sera passée", dit-il en rigolant. Pour le Comité national contre les maladies respiratoires, la mesure est plutôt bien perçue par les professionnels, même si certains craignent une baisse de fréquentation. "Il arrive que des patrons de bars soient gênés par la fumée de cigarette, mais ils ne pouvaient rien dire jusqu'à présent", explique Dominique Bacri. "Maintenant, ils ont la loi pour eux. Depuis l'interdiction dans les lieux publics en février, la loi est bien respectée. Il n'y a donc aucune raison que cette loi passe mal dans les bars et restaurants. Plus il y a de lieux non fumeurs, mieux c'est"...
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