"Chaque jour, l'abus de sel fait une centaine de morts"

Par , le 30 janvier 2008 à 19h54 , mis à jour le 03 novembre 2009 à 13h23

Interview - Un chercheur de l'Inserm est attaqué pour diffamation par les industriels du sel. Il dénonce les dangers du chlorure de sodium et les accuse de désinformation.

Pierre Meneton sel InsermPierre Meneton est spécialiste de physiologie rénale à l'Inserm © LCI

LCI picto cliquez regardez
"Il m'a semblé utile de discuter du problème"
 
  • Pas de sel au menu de certaines cantines

    Salières et autres sachets de sel seront retirés des tables d'environ 3.000 restaurants d'entreprises, ce jeudi, à l'occasion d'une "journée sans sel ajouté".

    Publié le 15/09/2010 Pas de sel au menu de certaines cantines
Plus d'infos

Pierre Meneton, chercheur à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, a comparu jeudi au tribunal de grande instance de Paris, attaqué en diffamation par plusieurs représentants des producteurs industriels de sel, dont le Comité des salines de France.
 
La raison ? Une phrase publiée en 2006 dans le magazine TOC, aujourd'hui disparu : "Le lobby des producteurs de sel et du secteur agroalimentaire (...) désinforme les professionnels de la santé et les médias". Pour lui, cette phrase a raison d'être. Il l'assume et s'en explique à LCI.fr.
 
LCI.fr : Vous dénoncez les méfaits du chlorure de sodium, autrement appelé sel, quels sont-ils ?
 
Pierre Meneton : La dernière des expertises scientifiques, celle de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) montre qu'un excès chronique d'une consommation de sel augmente les risques d'hypertensions et de maladies cardiovasculaires. Des affections qui constituent avec 150.000 morts, la première cause de mortalité en France, à égalité avec le cancer.
 
LCI.fr : Quelle est la consommation idéale de sel ?
 
P. M. : Actuellement, l'OMS recommande de ne pas dépasser une consommation de 5 grammes par jour et par personne sachant qu'un ou deux grammes suffisent à assurer nos besoins biologiques. Aujourd'hui, dans tous les pays industrialisés, notre consommation de sel est exagérée : en moyenne, elle est de 8,5 grammes par jour et par personne, selon l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Il faudrait donc diminuer sa consommation de 30%.
 
LCI.fr : D'où vient ce sel que nous consommons ?
 
P. M. : Il y a d'abord le sel naturellement présent dans les aliments. Ensuite, il y a celui que nous rajoutons nous-mêmes en préparant les plats ou avec la salière à table. Celui là représente 15% de l'apport journalier. Mais 80% du sel que nous ingérons chaque jour est déjà présent dans les aliments transformés, c'est-à-dire ajouté par le secteur agro-alimentaire dans ces aliments : pain, fromages, soupes, plats préparés, charcuterie, céréales, petits déjeuners... Le scandale, c'est que la consommation est imposée à l'insu des gens. Cette surconsommation est essentiellement inconsciente.
 
LCI.fr : Pourquoi l'industrie agro-alimentaire met-elle autant de sel ?
 
P. M. : L'ajout de sel dans l'alimentation a plusieurs effets. Il confère un goût salé aux aliments, il permet de rehausser les saveurs sucrées et d'inhiber les saveurs amères. Son troisième effet est la rétention d'eau. Pour tous les éléments carnés (poissons, viande), plus vous avez de sel dans le produit, plus vous avez de l'eau et comme ce sont des produits vendus au poids...

Enfin, et c'est de loin l'élément le plus important sur le plan économique : il fait boire. Plus vous mangez salé pour vous avez soif : l'ajout de sel dans l'alimentation en plus du sel naturellement présent fait boire un demi litre de liquide en plus par jour et par personne ! C'est un puissant moteur de la consommation de boisson. Que ce soit de de l'eau du robinet ou des sodas... Je ne pense pas qu'il faille le voir en terme de complot (ce ne sont pas les boulangers qui rajoutent du sel et récupèrent les bénéfices des boissons), mais vue la consommation moyenne de sel, il est évident que réduire sa consommation, de 20 ou de 30% comme le recommande l'OMS actuellement, aboutirait de fait à une diminution de la consommation de boissons. On peut imaginer les résistances qui peuvent exister dans certains secteurs.
 
LCI.fr : Vous allez jusqu'à parler d'un "scandale de santé publique comparable par bien des aspects à celui de l'amiante, du plomb ou du tabac"...
 
P. M. : Oui. Les dernières estimations de l'OMS et de l'American Medical Association sont très claires là-dessus : l'excès de sel actuellement est probablement responsable de 150.000 morts par an aux USA, rapporté à la population française, ça fait 35.000 décès par an. Plus d'une centaine par jour. A ce titre là, c'est un problème de santé publique apparemment majeur. Cela ne peut pas être passé sous silence.
 
De plus, par rapport à un problème comme le tabagisme où vous avez quand même une démarche qui reste volontaire malgré tout, même s'il y a des problèmes d'accoutumance, vous voyez bien que l'excès de sel, sous cette forme cachée et en l'absence d'étiquetage c'est vraiment une surconsommation imposée à la population à son insu.
 
LCI.fr : Qu'attendez-vous de ce procès ?
 
P. M. : Mon seul objectif c'est de reparler de ce problème de santé publique que je connais bien et sur lequel les pouvoirs publics sont relativement inertes. Dans les années 2000, nous (les scientifiques, NDLR) avions déjà communiqué sur le problème de l'excès de sel. Les recommandations de l'Afssa de 2002 sont restés lettre morte et la situation n'a quasiment pas évolué au jour d'aujourd'hui. En témoigne la dernière enquête de l'Afssa réalisée entre 1999 et 2007. A cela s'ajoute le constat des associations de consommateur selon lesquelles l'étiquetage sur le contenu en chlorure de sodium reste toujours absent de la plupart des produits. D'où l'importance, de notre point de vue, d'insister sur le lobbying qui entoure le problème de l'excès de sel. On peut imaginer que l'inertie des pouvoirs publics sur ce sujet est liée à certaines pressions, que je subis également.

 Le no comment des producteurs de sel

Le Comité des Salines de France joint mercredi par LCI.fr ne souhaitait plus s'exprimer sur cette affaire avant la tenue du procès. Au Journal du dimanche, Sarah Clisci, déléguée générale de ce syndicat professionnels des producteurs de sel déclarait : " Nous faisons de l'information nutritionnelle depuis plus de vingt ans, pas de la désinformation". Egalement partie civile dans ce procès, les Salines du midi ont dit "n'avoir pas de déclaration à faire". A noter que les petits producteurs de la façade atlantique ont apporté leur soutien à Pierre Meneton et viendront témoigner en sa faveur jeudi.

Par Amélie Gautier le 30 janvier 2008 à 19:54
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

18 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Lobby des Maraichers, le 31/01/2008 à 12h46

    Pas de sel , pas de sucres , pas de corps gras , pas de viandes , pas de pain , pas de vin , pas de tabac , pas de café , pas d'alcool . Des fruits , des légumes uniquement .

  • Bruno, le 31/01/2008 à 12h04

    Comme le proposais si justement un internaute hier qui proposait de ne plus soigner les fumeurs, je proposes de ne plus soigner tout ceux qui abusent de sel ! C'est vrai, on a pas a payer pour eux ! (Ironie déstinée a montrer la connerie de certains....)

  • Moi, le 31/01/2008 à 11h57

    Chaque jour l'abus de vie provoque la mort

  • Hélène, le 31/01/2008 à 11h57

    Le grand "scandale", c'est le procès fait à ce chercheur pour "oser dire" une vérité connue de tous. C'est plus qu'un scandale, une honte. En dehors de ça, Mesdames et Messieurs, à vos fourneaux !

  • Philippe, le 31/01/2008 à 11h40

    Je voulais intervenir pour dire "à quand l'interdiction du sel sur les lieux publics" avant même de lire les avis mais plusieurs m'ont devancés ! Comme quoi...

  • Le serre, le 31/01/2008 à 11h32

    Je suis tout à fiat d'accord avec la tenue de ce procès, c'est inconcevable que le sel soit mis en quantité si abondante dans les aliments surtout quand nous savons tous les méfaits d'une surconsommation!Il y a déjà assez de maladies que nous en pouvons pas controler alors n'en rajoutons pas!

  • Sylvain, le 31/01/2008 à 11h08

    Avant la découverte du réfrigérateur, les aliments étaient conservés par le sel! Cela fait des milliers d'année que l'Humanité consomme donc trop de sel...

  • Aude, le 31/01/2008 à 11h04

    Houla ça va être salé !!!!!!!!

  • Bernard roger, le 31/01/2008 à 10h24

    C'est vrai qu'il existe du sel de régime mais il est tellement infect que les malades s'en passent alors qu'il serait possible d'améliorer son gout comme le sucre.curieux non?

  • LICANDRO, le 31/01/2008 à 10h01

    Excellent article qui rend compte sans partialité du triste état des choses concernant un aspect représentatif de l'état général de la production agro-alimentaire dans notre pays où la recherche du profit est plus importante que la santé des citoyens.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience