
SARM. Quatre lettres pour un nouveau fléau. Une variété de Staphylocoque aureus résistant à la méthicilline (SARM) se répand depuis plusieurs années, particulièrement aux Etats-Unis. Une étude publiée dans la revue Annals of Internal Medicine souligne que ce type de staphylocoque doré résistant aux antibiotiques, baptisé USA300, est particulièrement virulent au sein de la communauté homosexuelle de San Francisco.
Le SARM en question a désormais largement franchi les frontières des hôpitaux, où il avait été identifié à l'origine. Il peut provoquer des abcès et des ulcérations cutanées qui peuvent rapidement évoluer. Le USA300 "contient une toxine particulière - la Leucocidine de Panton Valentine - qui peut être associée à des pathologies gravissimes : pneumonies nécrosantes, mortelles dans un cas sur deux, et nécroses des tissus osseux", explique à LCI.fr le professeur Jérôme Etienne, responsable du Centre national de référence sur les staphylocoques, à Lyon. "Les infections cutanées suppuratives se traitent facilement, pointe le spécialiste. Les infections graves sont rarissimes mais gravissimes."
Présent dans de nombreux Etats américains, ce SARM a traversé l'Atlantique. "Le premier cas identifié en France était un lycéen dont le voisin de chambre était revenu des Etats-Unis", relate le Pr. Etienne. Mais le USA300 s'est désormais répandu sur tous les continents, via des staphylocoques "clones", tel le ST80, "très prévalent en Algérie" notamment. En France, il ne concerne que 1 à 2% de cas annuels de SARM.
Dans les communautés fermées
Selon l'étude américaine, le USA300 paraît surtout se transmettre sexuellement parmi les homosexuels mais aussi se propager par de simples contacts cutanés ou via des surfaces contaminées. "Nous sommes très inquiets du risque de propagation dans la population générale", indique Binh Diep, du Centre médical de l'Hôpital général de San Francisco, principal auteur de cette étude. "Une propagation potentiellement étendue de cette forme de SARM multi-résistante dans la population générale est alarmante.... car on ne pourra pas alors l'arrêter", prévient-il.
La présence de ce SARM au sein d'une communauté homosexuelle n'est pas une nouveauté en soi, souligne le Pr Etienne. "Ce qui est impressionnant, dit-il, c'est le nombre de patients atteints : en France, on compte 2 cas par an ; à San Francisco, il y en a 3800, c'est monstrueux !"
Les chercheurs de l'Université de Californie, qui ont mené l'étude, n'ont pas évoqué les causes de cette forte augmentation de ces infections par le SARM parmi les hommes homosexuels mais suspectent les comportements sexuels. "Les SARM évoluent de manière épidémique dans toutes les communautés fermées : équipes de sport, militaires, écoliers ...", souligne le Pr Etienne. Pour se prévenir de ces staphylocoques résistants, il faut réappliquer les "règles d'hygiènes de nos grands-mères", assure le spécialiste français : se laver les mains, désinfecter les surfaces à l'eau de Javel, prendre des douches antiseptiques... Et de se faire rassurant : "Dans la majorité des cas, la propagation du SARM reste sporadique et l'évolution vers une pathologie mortelle infime".
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