Frites dans un fast-food © TF1/LCIDeux repas par jour dans un restaurant rapide, style McDonald's ou Burger King, le tout sans faire trop de sport. A l'instar de l'Américain Morgan Spurlock auteur du documentaire au vitriol, sorti en 2004, "Super Size Me, ou comment l'Amérique est devenue aussi grosse", 12 hommes et 6 femmes trentenaires, minces et en bonne santé, ont suivi ce régime un peu particulier durant un mois, pour les besoins d'une étude suédoise. Résultats, selon les chercheurs suédois, un "régime fast-food" fait mal au foie certes, mais augmenterait le cholestérol HDL, soit le bon cholestérol (lire notre encadré).
L'objectif de ce régime soumis aux 18 cobayes était d'arriver à faire grimper leur poids de 10 à 15%, pour mesurer les effets d'une brusque augmentation de l'apport calorique. Côté effet néfaste sur le foie, rien de surprenant : les taux de l'enzyme "ALAT", dont le dosage est utilisé pour le diagnostic de certaines maladies du foie, comme l'hépatite C et la cirrhose, et associés à un risque de contracter un diabète de type 2, ont augmenté. Même chez ceux qui n'avaient jamais bu d'alcool. Ce qui "prouve qu'une élévation du taux d'ALAT peut être provoquée rien que par l'alimentation", selon le Dr Nystrom, l'un des auteurs de l'étude. Rien de nouveau dans cette conclusion, selon le Dr Paule Nathan, nutritionniste, diabétologue et endocrinologue.
Cohérence avec le "paradoxe français" ?
Autre enseignement, plus étonnant -s'il est confirmé-, de cette étude (non encore publiée) : le régime fast-food pourrait aussi avoir des effets bénéfiques. Car, en quatre semaines, le taux de cholestérol HDL a augmenté. "L'étude montre un lien entre l'augmentation des graisses saturées et l'élévation du taux de bon cholestérol", selon le Dr Nystrom qui estime que ces résultats sont cohérents avec ce qu'on appelle le "paradoxe français", cette apparente contradiction entre un régime alimentaire riche en graisses saturées (beurre, crème, fromage, charcuterie, etc.) et leur santé (faible taux de maladies cardio-vasculaires).
Une affirmation "totalement irresponsable", selon le Dr Nathan, auteur de plusieurs ouvrages sur l'alimentation (*). "Il faut arrêter de dire n'importe quoi au public (...) Il faut faire attention d'un point de vue éthique au message véhiculé, eu égard à l'épidémie d'obésité et de diabète, la première épidémie non infectieuse au monde."
"Il y a plusieurs types de HDL"
Selon elle, la conclusion de l'étude est complètement "hâtive". Ses auteurs, n'auraient, estime-t-elle, pas dû la rendre publique si vite et surtout sans les détails. Car, explique-t-elle, "il y a plusieurs types de HDL. Parmi eux, le HDL 3 qui, lui, n'est pas protecteur pour l'organisme comme les autres. Il est athérogène, c'est-à-dire qu'il est néfaste pour le système cardio-vasculaire". Il accélère sa rigidification.
Or l'étude ne précise pas de quel type de HDL il s'agit. Quand au "paradoxe français" avancé par le Dr Nystrom, il réside justement, explique Paule Nathan, dans le fait que la "structure du repas français est bonne : avec des crudités, une soupe, de la viande ou du poisson, du fromage et des fruits. Et non pas uniquement du fromage et des viandes grasses. C'est la structure même de nos repas qui en fait un régime très équilibré. Il faut faire justement attention à ne pas déstructurer cela".
D'ailleurs, il lui semble bien improbable que ce menu fast-food quotidien soit bon pour le système cardio-vasculaire. "Je pense qu'il y a une logique dans le corps. Je vois mal comment une alimentation peut-être à la fois néfaste pour le foie et bonne pour le système cardio-vasculaire. Le corps est bien fait !"
| Le HDL et le LDL, le bon et le mauvais cholestérol |
Le cholestérol, présent dans toutes les cellules, est une substance lipidique indispensable au bon fonctionnement du corps. Il est transporté dans le sang par 2 types de molécules : les HDL ou les LDL. Alors que ce dernier peut provoquer des maladies coronariennes, à force de déposer des plaques de graisse sur les parois des artères, le HDL récupère le cholestérol dans les organes qui en ont trop pour le rapporter au foie, qui se charge de l'éliminer. Il nettoie nos artères de tous les dépôts gras de mauvaise qualité et peut réduire les risques de développer des maladies du coeur. Des études ont permis de montrer que l'excès de "mauvais cholestérol" et le manque de "bon cholestérol" étaient des facteurs de risque de maladie cardio-vasculaire. |
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