La loi sur l'accompagnement trop peu utilisée

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 21 mars 2008 à 09h19 , mis à jour le 21 mars 2008 à 10h51

Dossier : Euthanasie: le débat

Interview - Selon le Dr d'Hérouville, spécialiste de l'accompagnement des malades en fin de vie, la loi Leonetti est "toujours mal connue". Un travail de communication et de formation est nécessaire, affirme-t-il.

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Daniel d'Hérouville est le responsable médical de la Maison médicale Jeanne Garnier, à Paris. Cette institution, d'obédience catholique mais ouverte à tous, est spécialisée dans l'accompagnement des malades en fin de vie.

LCI.fr : Que vous inspire le cas de Chantal Sébire ?

Daniel d'Hérouville : C'était très douloureux d'entendre cette femme parler de ses souffrances insupportables. Pour autant, sans connaître le dossier en détail, j'ai le sentiment que tout ce qu'on aurait pu faire pour la soulager n'a pas été fait. Il existe d'autres antalgiques que la morphine. Et il n'y a pas que les médicaments : il y a des gestes chirurgicaux, une démarche d'accompagnement...

Dans un premier temps, Mme Sébire avait indiqué vouloir mettre fin à ses jours parce que sa souffrance était insupportable. Ce sont des propos qui sont accessibles à nous en tant que médecins. Dans un deuxième temps, elle a fait valoir son droit à mourir. Là, en revanche, je pense qu'il s'agit d'une question de société qui doit être largement débattue, pas seulement par les malades et les médecins mais aussi par les sociologues, les psychologues, les ethnologues, les religieux, les citoyens...

LCI.fr : Le député UMP Jean Leonetti a été chargé par le Premier ministre d'évaluer la loi de 2005 relative au droit des malades et à l'accompagnement en fin de vie, dont il fut le rapporteur. Quelles évolutions faut-il apporter à ce texte, selon vous ?

D. d'H. : D'abord, c'est une très bonne chose que M. Leonetti soit chargé de cette mission d'évaluation. C'est quelqu'un qui est très sensibilisé à cette question. Maintenant, concernant la loi, la première chose à faire, c'est de la faire connaître. J'assure des formations sur les soins palliatifs auprès de professionnels de la santé et je suis extrêmement surpris de voir que la loi n'est toujours pas connue. Or quand on explique la loi, tous ceux qui participent à la formation disent : "Cela nous aurait aidé de savoir tout ça dans notre travail quotidien".

Personnellement, la loi me convient en l'état. Jean Leonetti et le groupe parlementaire qui ont travaillé sur cette loi ont écouté des gens de tous horizons. Et le texte prend en compte les deux grandes attentes des Français sur cette question : ne pas pratiquer d'acharnement thérapeutique déraisonnable et ne pas mettre fin à la vie du malade de manière clandestine.

LCI.fr : Aujourd'hui, comment se déroule l'accompagnement des malades en fin de vie en France ?

D. d'H. : A la Maison médicale Jeanne Garnier, nous mettons en place autour du patient une équipe composée de médecins, d'aides-soignants, de psychologues... La première chose que nous faisons, c'est de soulager au maximum les douleurs physiques du malade. En même temps ou dans une deuxième étape, nous mettons en place une dynamique de l'accompagnement. C'est-à-dire que nous accompagnons les malades dans tout ce à quoi ils sont confrontés dans le cadre de la maladie.

Cela passe en premier lieu par l'écoute. Quand une personne nous dit qu'elle souffre trop, nous essayons de comprendre ce que cela veut dire. Nous aidons les malades à mettre des mots sur leur souffrance. Cela peut être une souffrance physique mais aussi la peur de souffrir ou de perdre ses proches. Une fois que les personnes sont soulagées, qu'elles ont pu dire leur souffrance, souvent elles ne sont plus dans la même demande d'euthanasie.

LCI.fr : Et que se passe-t-il lorsque la douleur physique demeure insupportable ?

D. d'H. : Au stade ultime, une fois que nous sommes allés au bout du bout des propositions, nous proposons au malade une sédation, c'est-à-dire de faire baisser sa vigilance pendant un temps : une demi-journée, un jour, deux jours... Dans mon expérience, après un tel épisode, on a vu des personnes se réveiller, soit davantage soulagées, soit bien pendant quelques heures puis qui redemandent une sédation, sous l'effet de la douleur. Cette sédation intermittente permet également au malade de vivre encore quelque chose avec ses proches.

La mort est évoquée assez longtemps en amont, avec le malade et sa famille. C'est souvent rassurant pour le malade. Il existe un protocole très précis qui nous amène à expliquer les étapes de la démarche, jusqu'à la description des produits utilisés. Il n'y a pas de raison d'obliger le malade à souffrir : comme le prévoit la loi Leonetti, on doit tout faire pour soulager la personne. C'est un droit fondamental.

LCI.fr : Les pratiques que vous décrivez sont-elles mises en œuvre aujourd'hui en France ?

D. d'H. : Il reste encore beaucoup de travail à faire pour que tous les services puissent se mettre dans ce type de démarche. Aujourd'hui, nous ne sommes pas arrivés au bout du bout de la réalisation des soins palliatifs. Je suis d'ailleurs impatient de savoir à quoi ressemblera le Plan sur les soins palliatifs qu'avait évoqué Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.

LCI.fr : C'est une question de manque de moyens ?

D. d'H. : C'est un problème de moyens mais aussi d'état d'esprit et de compétences. Une étude menée dans la région Rhône-Alpes a montré que les médecins formés aux soins palliatifs sont beaucoup moins dans une dynamique d'euthanasie et que ceux qui n'ont pas reçu cette formation sont plus dans une dynamique d'euthanasie.

LCI.fr : Que pensez-vous des personnes qui vont se faire euthanasier chez nos voisins ?

D. d'H. : A titre personnel, j'ai eu écho de situations scandaleuses, où des personnes ont bénéficié d'un suicide assisté alors que des traitements étaient possibles.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 21 mars 2008 à 09:19
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7 Commentaires

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  • Rani, le 21/03/2008 à 16h28

    Que les législateurs aillent donc faire un tour dans les unités de soins palliatifs ! ce sont des mouroirs et on y voit des choses terribles!

  • Melinda, le 21/03/2008 à 15h30

    Je ne suis pas d'accord avec ce médecin: la loi actuelle ne répond pas au problème. Concernant le cas de Chantal, je comprends qu'elle n'ait plus eu envie de vivre, ainsi défigurée et sachant que la mort l'attendait irrémédiablement dans peu de temps.A quoi bon faire reculer l'échéance de quelques mois et laisser une personne mourir à petit feu? Je ne comprends pas cette société où il faut maintenant en vie à tout prix et laisser un malade incurable qui veut mourir tout seul avec son problème sur les bras. Nos voisins Suisses, Belge, luxembourgeois et des Pays-Bas sont bien plus en avance que nous sur le respect de la personne.

  • Nicolas, le 21/03/2008 à 15h13

    Bonjour, maintenant qu'elle n'est plus, on entend ya ka, faut qu'on,il aurait fallu mais depuis toute cette médiatisation ou étaient ils ces donneurs de leçons pour soulager un temps soit peu les souffrances de cette malade qui appelait à l'aide,et que sa douleur rester sans réponse.Maintenant laisser là reposer en silence "TAISEZ VOUS".

  • Jean paul, le 21/03/2008 à 14h40

    Il faut que l'entourage d'une personne en fin de vie aient confiance aux services "soins palliatifs", car ce personnel est formé pour, et il est dirrigé par un chef de service et son adjoint qui sont très professionels.

  • Michel cerruti, le 21/03/2008 à 12h55

    Assez d'hypocrisie ça se pratique depuis longtemps avec des risques pour les médecins.le malade qui opte pour le droit de mourir dans la dignité doit ètre respecté.laissons de coté les biens pensants.

  • Roussel, le 21/03/2008 à 12h02

    C'est bien joli l'accompagnement,et c'est nécessaire. Pour autant,peut-on interdire le suicide assisté pour ceux qui le souhaitent ? Est-il légitime de refuser un tel droit ? Le cas récent de cet écrivain belge est un très bon exemple. La maladie d'alzheimer est l'exemple même d'une maladie que l'on peut refuser de subir jusqu'au bout. Ce devrait être un droit ! Tout le monde n'a pas forcément envie de se jeter sous un train ou de se balancer d'un pont !

  • Philippe, le 21/03/2008 à 11h23

    Je suis Aide-Soignant sur Paris. Je crois qu'avec des informations avec le patient et la famille, tout peu se passer pour le mieux. Le cas de Chantal Sébire qui ne se passe pas à l'hôpital est différent. Mais la souffrance est tout de même là, il ne faut pas l'oublier. Il faut pouvoir faire quelque choses pour soulager, voir abréger ses intolérables souffrances.

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