Arrêter de fumer est contagieux

Par M. D. avec agence, le 24 mai 2008 à 06h00 , mis à jour le 23 mai 2008 à 17h44

Les fumeurs renoncent au tabac en groupes, selon un mécanisme décortiqué par des chercheurs américains. Et ce phénomène se produit sans que les fumeurs se connaissent tous nécessairement.

Interdiction de fumerInterdiction de fumer © LCI

De nombreuses études ont mis en avant l'effet incitateur du tabagisme, à tel point que les industriels du tabac n'hésitent pas à placer leurs produits au cinéma (lire : Pas de films sans fumée ?). Or, cesser de fumer est également socialement et culturellement contagieux.

"Nous avons découvert en analysant de vastes réseaux sociaux que des groupes entiers de personnes ne se connaissant pas forcément ont cessé de fumer en même temps", explique Nicholas Christakis, professeur à la faculté de médecine de l'Université Harvard. "Il y a comme un changement culturel ou d'état d'esprit (zeitgeist) dans l'ensemble d'un groupe social de personnes qui y sont liées sans pour autant se connaître personnellement et qui cessent toutes de fumer simultanément", ajoute-t-il.

Ce professeur et son équipe ont tiré leurs conclusions de la reconstitution du réseau social de 12.067 individus entre 1971 et 2003. Tous les changements familiaux des participants -  mariage, décès ou divorce - ont été répertoriés. De plus, ils avaient indiqué leurs contacts avec leurs amis proches, leurs collègues de travail et leurs voisins. Par chance, nombre de ces amis et collègues participaient aussi à cette étude, permettant à ses auteurs de pouvoir observer au total 53.228 relations sociales, familiales et professionnelles.

Le plus frappant dans cette recherche est que les personnes arrêtent de fumer en groupe et non pas seules, soulignent les chercheurs dont l'étude a été publiée dans le New England Journal of Medicine. "Quand on regarde l'ensemble de ces réseaux sociaux sur une période de plus de 30 ans, on constate que la taille moyenne des ‘grappes' de fumeurs reste plus ou moins la même mais que leur nombre n'a pas cessé de diminuer", précise James Fowler, de l'Université de Californie, co-auteur de l'étude.

Le rôle social de l'intermédiaire

Les scientifiques ont pu quantifier l'effet d'un fumeur cessant de fumer sur un autre fumeur parmi des couples mariés, des frères et sœurs, des amis et des collègues de travail. Ils ont aussi découvert l'effet de cascade parmi les personnes arrêtant de fumer (1). Exemple : soit un groupe de trois fumeurs A, B et C. A est ami de B tandis que B est proche de C qui ne connaît pas A. Et pourtant, si C cesse de fumer, la probabilité que A arrête de fumer augmente de 30%, que B ait ou non renoncé à la cigarette.

L'individu intermédiaire semble jouer un rôle de messager des normes sociales, conclut Nicholas Christakis. "Nous sommes davantage influencés par la décision de renoncer à la cigarette prise par quelqu'un ayant un niveau d'étude élevé", poursuit-il. Mais, "nous sommes aussi plus influencés par les autres arrêtant de fumer si l'on a soi-même un haut niveau de formation". Enfin, cette étude relève que les fumeurs sont de plus en plus marginalisés dans les différents groupes sociaux.

"On commence à fumer en fonction d'une tendance et on arrête pour les mêmes conditions", commente à LCI.fr le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et président de l'Office français de prévention du Tabagisme (OFT). "La norme sociale est construite par la mode mais aussi l'industrie du tabac", souligne-t-il, indiquant que ce phénomène est difficile à expliquer.

(1) Ces mêmes chercheurs avaient déjà montré en 2007 comment l'obésité est contagieuse socialement en utilisant les mêmes données.

Par M. D. avec agence le 24 mai 2008 à 06:00
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4 Commentaires

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  • Michel, le 24/05/2008 à 12h03

    Arrêtez aussi d'interdire. Manie.

  • William, le 24/05/2008 à 09h17

    Il ne faut pas être chercheur pour constater que dès les années de collège, les fumeurs ont également commencé à fumer en groupe. Il y a l'abruti qui commence pour épater l'entourage, et ceux qui veulent "tirer une taffe" pour en jeter, et ensuite une habitude qui se met en place, voire une dépendance.

  • Pascal favre, le 24/05/2008 à 08h21

    Ca represente un moyenne de 400 personnes par an depuis 30 ans... soit 1 par jour... RIDICULE, Bref merci d'avoir essaye

  • Henriette, le 24/05/2008 à 07h22

    Oui, c'est parfaitement vrai !... Par exemple, moi, j'étais dans un groupe d'un seul individu.

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