La taxe sur la malbouffe, un arme aux effets incertains

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 30 septembre 2008 à 06h00 , mis à jour le 30 septembre 2008 à 11h20

Interview - Instaurer un "bonus-malus malbouffe" ne se traduira pas forcément par un changement d'attitude chez tous les consommateurs, selon de Fabrice Etilé, chercheur à l'Inra. La mesure fait partie de 25 propositions pour prévenir l'obésité présentées ce mardi à l'Assemblée.

[Expiré] frites gras assiette obésité gros © sxc.hu

La mission parlementaire d'information sur la prévention de l'obésité, présidée par la députée UMP Valérie Boyer, présente mardi un rapport en 8 axes et 25 propositions. Au cœur du dispositif : faire passer la TVA de 5,5% à 19,6% pour les produits de grignotage et la faire baisser de 5,5% à 2% pour les fruits et légumes. "La démarche est intéressante (mais) nous sommes dans une période difficile sur le plan économique et taxer un certain nombre de produits reviendrait à taxer les plus faibles", a estimé mardi la ministre de la Santé Roselyne Bachelot sur Canal+. Réaction de Fabrice Etilé, économiste de la santé et de la consommation à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).

LCI.fr : Que pensez-vous de l'idée d'augmenter ou d'abaisser la TVA des aliments en fonction de leur qualité nutritionnelle ?

Fabrice Etilé : Cela pourrait être une bonne idée. On sait que l'épidémie d'obésité dans la population française est en partie liée à la baisse du prix des aliments gras et sucrés par rapport aux prix des fruits et légumes. Pour autant, il n'est pas évident que la modulation de la TVA atteigne l'objectif souhaité. On sait que le consommateur ajuste ses choix en fonction des variations du prix des aliments mais on ne sait pas comment les producteurs et les distributeurs agissent, eux. Si on augmente la TVA pour une barre chocolatée, le producteur peut décider de diminuer légèrement sa marge afin de maintenir un prix de vente stable et conserver sa clientèle.
Il y a certains produits pour lesquels on pense que la baisse du prix entraîne une hausse de la consommation - c'est le cas pour les fruits et légumes. Mais on n'est pas sûr qu'une hausse du prix des snacks se traduise par une baisse de la consommation, notamment chez les populations défavorisées qui sont de grandes consommatrices de ce type d'aliments et les plus concernées par l'obésité.

LCI.fr : C'est la même chose avec l'augmentation du prix de la cigarette qui ne dissuade pas les fumeurs réguliers de ne plus en acheter alors qu'ils sont les premiers visés par la mesure...

F. E. : Exactement. Au sein des familles défavorisées, la consommation de snacks et de confiseries est souvent un moyen d'offrir aux enfants quelque chose de plus que ce qu'offre la vie ordinaire.

LCI.fr : Pour lutter contre l'obésité, faut-il s'associer aux industriels ou s'attaquer à leur portefeuille ?

F. E. : Le risque, si on s'en prend à leur portefeuille, c'est que pour compenser, ils modifient les recettes de leurs produits avec des matières premières de moins bonne qualité. Il vaut mieux arriver à les faire coopérer, notamment via des chartes de qualité.

LCI.fr : Certains industriels associent leurs produits à l'image de grands athlètes ou de formations sportives. Est-ce une bonne chose ?

F. E. : Il y a là une ambiguïté. Si on prend une barre chocolatée après un effort physique, cela ne pose pas tellement de problème. Ce qui est gênant, c'est l'impact de ce type de message sur le petit segment de la population qui consomme beaucoup d'aliments gras et sucrés. C'est au sein de cette population que l'on observe le plus d'obésité sévère ou morbide.

LCI.fr : Parmi les 25 propositions avancées par la mission parlementaires, y en a-t-il qui ont fait leurs preuves ?

F. E. : L'une des propositions intéressantes qui est assez peu coûteuse, c'est l'interdiction totale de la publicité pour les aliments gras et sucrés au moment des émissions enfantines. Quant aux distributeurs de fruits et légumes installés dans les écoles, on s'est rendu compte qu'ils contribuaient à augmenter la consommation de fruits et légumes.

LCI.fr : Et que manque-t-il dans cet arsenal de propositions ?

F. E. : Ce qui manque souvent, ce sont les mesures d'éducation nutritionnelle en milieu scolaire. D'une part, elles permettent de transmettre certains savoirs aux enfants et par ailleurs, les enfants peuvent transmettre ce savoir à leurs parents. Or, si la demande de fruits et légumes vient des enfants, c'est plus facile pour les parents d'y répondre. Le problème, c'est de trouver des financements à ce dispositif éducatif.

LCI.fr : La culture de la table continue-t-elle de limiter l'épidémie d'obésité en France ?

F. E. : Une calorie qui vient du foie gras, c'est la même chose qu'une calorie qui vient d'une boisson sucrée américaine. Une partie de l'augmentation des cas de surpoids est liée à cette alimentation traditionnelle. Ce qui nous préserve un peu, ce sont nos rythmes alimentaires - les trois repas quotidien pris à table.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 30 septembre 2008 à 06:00
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34 Commentaires

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  • Michel, le 30/09/2008 à 17h01

    Je sais bien que les caisses de l' ÉTAT sont vides mais faut-il que , systématiquement , on nous rabatte les oreilles avec le mot '' Taxe '' ??? taxe taxe taxe = TAXES ( Ne peut-on pas supprimer ce mot du dictionnaire ????? ) >>>> Caisses de l' État vides ??? >>>...... Mr Le Premier Ministre ne peut-il pas prendre le train plutôt que son avion ???? >>> Incohérence avec l'écologie...............( sans compter le coût....!!! ) --- Bref : la ceinture , c'est pour les autres....---

  • Psl 13, le 30/09/2008 à 16h53

    Les députés que l'on élit n'ont donc rien d'autre à faire , qu'à proposer ce genre d' ineptie. ! Il est à se demander sur quelle planete il vivent, je les trouve un peu déconnectés du monde réel , ils ne s'attaqueront pas à la grande distribution ; tant pour leur faire baisser le prix des fruits et légumes tant pour les pénaliser d'appliquer de fortes marges.

  • Sophie, le 30/09/2008 à 16h24

    Chère julie, des taxes sur l'alcool, il y en a déjà!! et sur le chocolat aussi d'ailleurs!! De toute façon, le projet de loi va tomber à l'eau, ne vous inquiétez pas!! Roselyne bachelot l'a annoncé ce matin!

  • Mathieu, le 30/09/2008 à 15h43

    On augmente les prix , on augmente les prix... certes mais peut etre faudrait il penser a baisser les prix des produits dits 'équilibrés'?

  • MARC, le 30/09/2008 à 15h40

    Svp : Que faiton de la tva à 19,6% sur les activités sportives qui ne favorise pas la pratique régulière du sport et donc l'équilibre Physique des français.

  • Bruno, le 30/09/2008 à 15h28

    En France les politiques ne savent faire qu' 1 chose : Inventer des nouvelles taxes Au lieu de taxer, interdisons les produits contenant plus de X grammes de sucre au kilo, X grammes de sel et/ou X grammes de matiére grasse ! C'est pas bien compliqué mais bien sur il ne faut surtout pas se facher avec les inductriels, mieux vaut taxer l'ouvrier qui gagne 1000 euros et laisser les produits dangeureux en circulation...

  • Dom, le 30/09/2008 à 15h26

    C'est donc une taxe pour les pauvres!!! Bravo à ceux qui ont décidé d'aller chercher de l'argent là où il n'y en a pas!

  • Remi, le 30/09/2008 à 15h01

    Le mot "liberte" est a effacer dans la devise de la France. Tout y est interdit (presque, mais on va y arriver); et comme d'hab, il va faloir commender sur le net d'allemagne. Vive la fin de l'economie Francaise pillonee par nos politiciens.

  • Fim, le 30/09/2008 à 14h32

    Je m'exprime mois aussi pour la première fois Je suis d'accord sur pour le problème des messages publicitaires pendant les émissions pour enfants, et meme tout le temps car les parents aussi sont tentés et donc les enfants imitent les adultes. Il faut obligatoirement que les repas servis dans les cantines scolaires soient équilibré et varié. Beaucoup d'enfant mange à la cantine et ca doit être un lieu d'éducation comme l'école proprement dit. Il faut aussi que les parents éduquent dans la mesure du possible et de leur budget les enfants. Certains fruits et légumes ne sont pas plus chères que des biscuits et des confiseries : par exemple : Les pommes, les carottes. On trouve actuellement des pommes à 1? ou 1.20? le kg. quel est le prix du kilo de bonbons ou de gateaux et c'est aussi facile à emporter n'importe ou. Par contre, je ne suis pas d'accord pour les taxes ou les bonus / malus. C'est devenu une mode : Les voitures qui polluent ou pas, l'alimentation, et après ils vont nous trouver quoi encore ... ca devient ridicule. L'économie va mal mais il ne faut pas tout taxer.

  • Philippe, le 30/09/2008 à 14h18

    Une fois de plus, l'Etat Providence Français entre chez vous. Surtout ne pensez pas, rester abrutis devant votre télé , l'Etat pensera pour vous. Cette semaine il va s'occuper de ce que vous devez manger et ne pas manger et surtout aller pas râler que vous n'aimer pas ce que l'Etat cuisine!

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