"Il ne faut pas psychiatriser cette crise financière"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 16 octobre 2008 à 06h00 , mis à jour le 16 octobre 2008 à 18h17

Interview - Psychiatre des hôpitaux, Bruno Verrecchia relativise l'impact de la crise financière actuelle sur la santé mentale des citoyens. Et réagit au principe d'un test psychologique lors de l'embauche des traders, comme le suggère le député Nicolas Dhuick.

[Expiré] [Expiré] Les traders désemparés face au yo-yo des Bourses mondiales. Ici, à Francfort devant l'évolution de l'indice Dax le 7 octobre 2008. © AFP PHOTO DDP/THOMAS LOHNES

LCI.fr : La crise financière actuelle et les inquiétudes qu'elle suscite peuvent-elles avoir des conséquences en termes de santé mentale ?

Bruno Verrecchia : Il ne faut pas penser que l'homme de la rue soit aussi vulnérable à ce que les médias diffusent et ressassent. L'impact éventuel et probable de cette crise se fera sentir quand l'économie réelle sera affectée - cela peut être déjà le cas pour ceux qui cherchent à emprunter notamment.

LCI.fr : Mais crise financière, réchauffement climatique, risques terroristes sont des menaces diffuses qui peuvent créer un climat d'inquiétude...

B. V. : On a en effet l'impression de vivre dans un climat préapocalyptique qui est constamment entretenu par les médias et en même temps, il y a une sorte de déconnexion vis-à-vis du réel. Ceux qui sont directement touchés [par ces menaces] en subissent évidemment les conséquences mais autrement, je ne suis pas certain que ces inquiétudes diffuses aient changé les comportements sociaux. Face à ces grands périls, le citoyen occidental garde malgré tout une certaine confiance dans les institutions.

Il ne faut pas psychiatriser cette crise financière et s'inquiéter de retentissements collectifs majeurs. Bien sûr, cela participe au climat de morosité ambiante, comme beaucoup d'autres choses, mais on est encore loin de parler d'un syndrome psychiatrique.

LCI.fr : Comment analysez-vous le comportement des traders, dont les analystes estiment qu'il a joué un rôle important dans l'intensité de la crise ?

B. V. : On peut imaginer que les traders laissés à eux-mêmes et avec le mode de fonctionnement de la finance qui est le leur, se retrouvent dans une position de toute puissance narcissique au détriment des réalités de ce qu'ils manipulent. Le marché est devenu totalement psychotique, c'est-à-dire déconnecté des valeurs réelles, totalement morcelé, ne prenant pas en compte l'Autre ou l'utilisant en dehors de toute notion éthique.

LCI.fr : Faut-il alors mettre en place un système de détection psychologique, lors du recrutement des traders, comme le préconise le député Nicolas Dhuick (lire : Ce député-psy qui se penche sur les_traders) ?

B. V. : Je suis tout à fait heureux que nos parlementaires aient ce souci en tête et globalement, je souscris à l'analyse que fait Nicolas Dhuick. Reste que ce genre de test pourrait être instauré dans tous les domaines de responsabilités - médiatique, politique... Je suis volontairement ironique mais je ne vois pas comment établir les critères psychiatriques d'un bon trader. On ne peut pas être dans la prédictibilité comportementale ou psychologique sur tout et les psychiatres n'ont pas vocation à devenir les techniciens de cette prédictibilité.

Maintenant, si ce test est mis en place, dans quelle forme, à quel moment et selon quelle déontologie le regard du psychiatre ou du psychanalyste peut-il être associé au recrutement et au suivi des professionnels ayant des lourdes responsabilités et ayant un stress important ? N'est-ce pas là aussi le rôle des DRH et de la médecine du travail ? Ou faut-il imaginer un dispositif avec une instance extérieure qui collaborerait avec l'employeur selon des modalités proches du coaching ? Mais dans ce cas, il faudra veiller aux aspects déontologiques et éthiques.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 16 octobre 2008 à 06:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Cathy, le 17/10/2008 à 16h23

    Même réflexion que Papyrus ci-dessous, la lecture de cette article me renvoie aux journalistes et je me dis que c'est eux qu'il faudrait psychiatriser. Depuis des années il font les mêmes erreurs déontologiques, mea culpa et on refait pareil! Ils doivent croire qu'ils sont sur cette terre pour inventer la réalité et nous l'apprendre! Ceci dit, ce sont bien les chaînes de télé et la presse écrite et internet qui nous rabâchaient leur pub pour les courtiers de bourse, produits financiers, etc. Dommage qu'aucun journaliste ne nous ai éclairé sur ce qui ce passait en coulisse.

  • Jacquot, le 16/10/2008 à 18h28

    Quel est le niveau d'études des traders?Leurs rémunérations?Comme celui d'un ancien métier de correspondants de banques?

  • Papyrus, le 16/10/2008 à 17h32

    Notre télévision est particulièrement orientée vers ce qui ne va pas !!!! lELLE FAIT PLUS DE MAL QUE LES TRADERS, CAR EN FAIT NOS JOURNALISTES NE COMPRENNENT RIEN A LA CRISE. CELA SE VOIT DANS LEURS QUESTIONS STUPIDES... ELLES CHERCHENT TOUTES A "DESTABILISER" ET NON A INFORMER : C'EST LA VISION DE LEUR METIER ....FAUX ....LEUR METIER C'EST D'INFORMER SANS DIABOLISER NI SOUSESTIMER

  • HUG, le 15/10/2008 à 17h02

    C'est vrai mais sans atteindre la psychose, on a tout lieu de s'inquiéter quand on s'est privée toute une vie et qu'on ne sait pas où va finir nos économies même si le plus important c'est de rester en bonne santé ! j'ai même une amie qui parle même de suicide au cas où - ça resssemble étrangement dans un autre domaine, aux personnes qui se suicident de peur de perdre leur emploi ou à la suite de harcèlement moral ...

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience