© AFP PHOTO DDP/THOMAS LOHNESLCI.fr : La crise financière actuelle et les inquiétudes qu'elle suscite peuvent-elles avoir des conséquences en termes de santé mentale ?
Bruno Verrecchia : Il ne faut pas penser que l'homme de la rue soit aussi vulnérable à ce que les médias diffusent et ressassent. L'impact éventuel et probable de cette crise se fera sentir quand l'économie réelle sera affectée - cela peut être déjà le cas pour ceux qui cherchent à emprunter notamment.
LCI.fr : Mais crise financière, réchauffement climatique, risques terroristes sont des menaces diffuses qui peuvent créer un climat d'inquiétude...
B. V. : On a en effet l'impression de vivre dans un climat préapocalyptique qui est constamment entretenu par les médias et en même temps, il y a une sorte de déconnexion vis-à-vis du réel. Ceux qui sont directement touchés [par ces menaces] en subissent évidemment les conséquences mais autrement, je ne suis pas certain que ces inquiétudes diffuses aient changé les comportements sociaux. Face à ces grands périls, le citoyen occidental garde malgré tout une certaine confiance dans les institutions.
Il ne faut pas psychiatriser cette crise financière et s'inquiéter de retentissements collectifs majeurs. Bien sûr, cela participe au climat de morosité ambiante, comme beaucoup d'autres choses, mais on est encore loin de parler d'un syndrome psychiatrique.
LCI.fr : Comment analysez-vous le comportement des traders, dont les analystes estiment qu'il a joué un rôle important dans l'intensité de la crise ?
B. V. : On peut imaginer que les traders laissés à eux-mêmes et avec le mode de fonctionnement de la finance qui est le leur, se retrouvent dans une position de toute puissance narcissique au détriment des réalités de ce qu'ils manipulent. Le marché est devenu totalement psychotique, c'est-à-dire déconnecté des valeurs réelles, totalement morcelé, ne prenant pas en compte l'Autre ou l'utilisant en dehors de toute notion éthique.
LCI.fr : Faut-il alors mettre en place un système de détection psychologique, lors du recrutement des traders, comme le préconise le député Nicolas Dhuick (lire : Ce député-psy qui se penche sur les_traders) ?
B. V. : Je suis tout à fait heureux que nos parlementaires aient ce souci en tête et globalement, je souscris à l'analyse que fait Nicolas Dhuick. Reste que ce genre de test pourrait être instauré dans tous les domaines de responsabilités - médiatique, politique... Je suis volontairement ironique mais je ne vois pas comment établir les critères psychiatriques d'un bon trader. On ne peut pas être dans la prédictibilité comportementale ou psychologique sur tout et les psychiatres n'ont pas vocation à devenir les techniciens de cette prédictibilité.
Maintenant, si ce test est mis en place, dans quelle forme, à quel moment et selon quelle déontologie le regard du psychiatre ou du psychanalyste peut-il être associé au recrutement et au suivi des professionnels ayant des lourdes responsabilités et ayant un stress important ? N'est-ce pas là aussi le rôle des DRH et de la médecine du travail ? Ou faut-il imaginer un dispositif avec une instance extérieure qui collaborerait avec l'employeur selon des modalités proches du coaching ? Mais dans ce cas, il faudra veiller aux aspects déontologiques et éthiques.
Retour MYTF1
Chargement en cours...



