Scandale sanitaire du lait frelaté en Chine en septembre 2008 © DR"Pour plusieurs journalistes, il est de plus en plus évident que les autorités [chinoises, NDLR] ont empêché en juillet une enquête sur le lait toxique pour ne pas ternir l'image de la Chine avant les J.O.", du 8 au 24 août, a estimé mercredi Reporters sans frontières.
Bien avant qu'éclate la crise à la mi-septembre, des journalistes chinois avaient vainement tenté d'enquêter sur des cas de bébés hospitalisés pour de mystérieux problèmes aux reins, selon des témoignages dans la presse et d'ONG. "En tant que rédacteur en chef, j'étais très inquiet. Je me doutais que cela allait déboucher sur un énorme problème de santé publique", a raconté sur son blog Fu Jianfeng, du Southern Weekend, un journal du Sud très respecté. "Mais je n'ai pu envoyer aucun reporter sur cette affaire. Aujourd'hui je me sens profondément coupable et j'ai un grand sentiment d'échec", a-t-il ajouté. Cette page de blog a été retirée de l'internet chinois mais peut être vue sur certains sites chinois de l'étranger.
Le week-end dernier, le Premier ministre Wen Jiabao a assuré que les autorités "avaient fait face de manière franche (au problème) et posé les bases pour le résoudre". Mais certains journalistes et ONG assurent que la Chine a voulu étouffer la vérité, alors que Sanlu a reçu ses premières plaintes de parents inquiets fin 2007 et aurait été alerté dès juin de la présence de mélamine dans son lait en poudre.
"Gérer" la communication
Ce n'est que le 2 août, six jours avant le début des Jeux olympiques, que les autorités communistes locales auraient été informées de la contamination du lait de Sanlu. Et il a fallu à ces dernières plus d'un mois pour transmettre l'information à l'échelon provincial et national. Dans un article publié par le Quotidien du Peuple, le porte-parole du gouvernement local de Shijiazhuang, où se trouve le siège de l'entreprise, déclare que la direction de Sanlu a contacté les autorités de la ville pour leur demander de les aider à "gérer" leur communication lorsqu'ils ont eu connaissance du premier cas de lait contaminé à la mélamine.
"Ce qui est embêtant c'est que les premiers décès remontent à mai ou juin et que cela a été tu pendant les Jeux. Il fallait un monde parfait !", souligne une experte sanitaire occidentale. Et "même une fois le scandale sur la place publique, la censure a empêché des enquêtes sérieuses sur les problèmes de fond du système", selon l'organisation China Human Rights Defenders, qui soutient que le gouvernement "a resserré son contrôle sur la liberté des médias, pour endiguer la montée de l'indignation nationale". La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a aussi accusé Pékin de museler les médias, affirmant que les correspondants d'au moins quatre journaux chinois avaient été expulsés de Shijiazhuang, la ville où est basé Sanlu. Selon la FIJ, les autorités ont aussi fait disparaître des articles en ligne.
| Retour sur un scandale |
L'affaire du lait n'a éclaté qu'au début septembre, dans quelques médias avant de prendre une ampleur, nationale et internationale, à partir du 11 et de l'admission par Sanlu, principal groupe mis en cause, de la toxicité de son lait en poudre pour nourrissons. Le bilan a explosé en quelques jours, passant de quelques centaines d'enfants malades à 53.000, dont quatre bébés décédés. Le premier décès remonte au 1er mai. La gamme de produits touchés s'est étendue à tous ceux contenant du lait. Et d'autres compagnies que Sanlu ont été concernées, y compris des multinationales comme Cadbury ou Unilever. |
D'après agences
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