Image d'archives © TF1Les médecins urgentistes ont entamé lundi une grève illimitée. L'Association de médecins urgentistes (Amuf) de Patrick Pelloux, qui avait le premier alerté publiquement des risques d'une mortalité massive lors de la canicule d'août 2003, estime que la dégradation des conditions de travail des praticiens, liée à "l'étranglement financier" de l'hôpital, pourrait mettre en danger "la sécurité des patients". Dans un premier temps, l'Amuf avait évoqué un mouvement plus dur, avec une grève des soins urgents. Un responsable du syndicat avait même déclaré le 19 novembre que cela pourrait entraîner des "morts", avant que son organisation ne fasse aussitôt machine arrière.
Selon Patrick Pelloux, le taux de mobilisation lundi se situait entre 50 et 70%, "avec une mobilisation plus forte dans les hôpitaux généraux que dans les CHU". Mais selon la direction de l'hospitalisation et de l'organisation des soins, qui ne comptabilise pas les grévistes de la même manière, le taux de participation à la grève n'a été que de 6,4% dans les CHU et de 6% dans les centres hospitaliers. "Le ministère ne compte que les médecins qui sont présents sur le lieu de travail tout en se disant grévistes", a estimé Patrick Pelloux. Pour autant, tous les postes aux urgences des hôpitaux, dans les SAMU et les SMUR, ont été occupés lundi malgré la grève, qui ne devait pas avoir d'impact sur les patients.
20.000 emplois supprimés ?
Pour l'Amuf, "l'étranglement" de l'hôpital public va déboucher sur la suppression de "20.000 emplois cette année", alors que des urgentistes sont invités à augmenter leur temps de travail de "48 à 60 heures par semaine". Dans ce contexte, souligne-t-elle, le projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoires" que doit examiner le Parlement en 2009, risque de parachever cette "destruction". Ce projet, rendu public le 22 octobre, favorise les "regroupements" d'hôpitaux autour d'un établissement principal et la "coopération" du public avec les cliniques privées afin, selon la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, de "garantir pour l'avenir l'accès à des soins de qualité sur tout le territoire". Il réorganise aussi les hôpitaux en accroissant sensiblement les pouvoirs du directeur, qui pourra désormais être issu du secteur privé et embaucher des médecins avec des contrats plus "souples" prévoyant notamment une rémunération à "l'activité".
Estimant que le projet subordonne la santé au "financier", l'Amuf voudrait "élargir" son mouvement, d'autres syndicats hospitaliers se disant prêts à se mobiliser sous différentes formes contre la politique du gouvernement. Chez les anesthésistes, une autre spécialité très présente aux urgences, un syndicat, le Smarnu, compte lancer une grève de soins non urgents à compter du 1er janvier, tandis qu'un autre, le SNPhar, "n'exclut rien" si le gouvernement "continue à nier le mécontentement des praticiens". De son côté, la CPH, l'un des principaux syndicats de médecins, compte appeler aussi à une grève des soins non urgents en janvier pour obtenir le retrait des dispositions sur l'hôpital du projet de loi. En région parisienne, une intersyndicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) appelle d'ores et déjà à manifester le 9 décembre contre le danger de "démantèlement" de l'AP-HP, faisant notamment allusion au regroupement prévu des 38 établissements actuels en 13 "groupes hospitaliers". Cette "préfiguration" de l'application du projet gouvernemental relève, selon la CGT-santé, premier syndicat des hôpitaux, d'une "stratégie de casse idéologique" du public afin de permettre au secteur privé, l'un des plus importants d'Europe, de "prendre encore des parts de marché".
(Agence)
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