Couloir d'hôpital © TF1/LCICombien de morts les défaillances hospitalières font-elles chaque année dans les hôpitaux français ? Plusieurs milliers, estiment nombre de professionnels. Mais les statistiques manquent dans ce domaine. La question se pose de manière d'autant plus criante après plusieurs drames récents, comme la mort du petit Ilyès, victime d'une erreur de perfusion, ou celle d'un nourrisson de six mois pour un problème presque similaire, et dont les parents ont décidé de porter plainte pour "non assistance à personne en danger". Mais d'autres dysfonctionnements ont pu concerner bien plus de patients, comme le mauvais réglage d'un appareil de radiothérapie à Epinal qui avait provoqué des milliers de surirradiations.
Ce nombre de morts que les statistiques ne révèlent pas, Philippe Juvin, chef des urgences à l'hôpital Beaujon et secrétaire national de l'UMP chargé de la Santé, l'évalue dans une interview au Journal du Dimanche à 10.000. Un chiffre symbolique obtenu, non à partir de données françaises, mais en extrapolant les données d'études américaines sur des accidents similaires. Quant aux "accidents" n'entraînant pas de morts, ils seraient encore plus nombreux : ils seraient de l'ordre de "300.000 à 500.000 événements indésirables graves chaque année".
Manque de moyens ou manque d'organisation ?
Une évaluation qui semble réaliste aux yeux d'autres professionnels de la Santé, comme Marc Giroud, président de l'association Samu de France : "L'ordre de grandeur doit être celui-ci. 5% des hospitalisations sont liées à des erreurs médicales, ce qu'on appelle des événements indésirables graves", avance-t-il sur France info. Egalement dans les colonnes du JDD, Alain-Michel Ceretti, qui fut président de l'association de patients Le Lien et qui est aujourd'hui conseiller santé auprès du médiateur de la République, parle pour sa part de 13.000 morts.
Ces milliers de morts pourraient-elles être évitées ? Oui, ou du moins bon nombre d'entre elles, assure Philippe Juvin. Mais alors que la polémique se focalise en bonne partie sur les moyens alloués à l'hôpital, le secrétaire national de l'UMP chargé de la Santé plaide, tout comme Nicolas Sarkozy, le défaut d'organisation. "Il faudrait obliger tous les hôpitaux à faire systématiquement une enquête après chaque décès" et une fois qu'ils auront été "passés au crible", qu'on "disposera d'une base de données nationale", on pourra "mettre en place des mesures correctrices", argumente-t-il.
"Plus que les décès dus aux accidents de voiture"
Il souligne ainsi que la cause la plus fréquente des défaillances, selon l'étude américaine sur laquelle il s'appuie, est "l'erreur d'organisation : organisation du service ou de la journée, problèmes d'étiquetage sur le médicament, omission de bracelet sur le patient, confusion dans les noms ou les dates de naissance". En comparaison, "les erreurs médicales viennent assez loin derrière" et "le manque de moyens vient très loin derrière les autres causes".
Philippe Juvin souligne néanmoins au cours de la même interview qu'il ne faut pas avoir peur car "notre hôpital et le personnel de santé sont très performants". Mais "le système actuel ne permet pas d'optimiser les choses : 10.000 morts évitables par an à l'hôpital, c'est plus que les décès dus aux accidents de voiture". Et "ce qu'on a fait pour la sécurité routière, on peut le faire pour les accidents à l'hôpital".
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