Rachida Dati : un modèle de maman "très risqué"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 09 janvier 2009 à 11h34 , mis à jour le 09 janvier 2009 à 12h07

Interview - En reprenant le travail cinq jours après son accouchement, la ministre de la Justice ne montre pas l'exemple, selon le professeur Alain Lazartigues, pédopsychiatre. D'autant que la relation mère-enfant est capitale après la naissance.

Rachida Dati6 janvier. La ministre quitte la clinique avec sa petite fille. © ABACAPRESS.COM

LCI.fr : Que pensez-vous de la décision de Rachida Dati de reprendre le travail cinq jours après son accouchement ?

Professeur Alain Lazartigues, pédopsychiatre au CHU de Brest : La pratique de la parentalité est influencée par les modèles de parentalité présentés par les médias. Et Rachida Dati, qui est très exposée médiatiquement, présente l'image d'une superwoman qui cinq jours après son accouchement reprend le boulot. Je trouve ça dommage d'offrir ce modèle à une époque où les femmes savent de moins en moins s'occuper de leurs enfants. Surtout après une césarienne. Il n'y a pas là de respect pour les besoins psychologiques de l'enfant et de la maman.

Je ne connais pas les motivations ni l'état d'esprit de la ministre mais c'est une violence faite à son corps et à sa psyché qu'elle s'impose ou que son entourage lui impose. Or, je vois des jeunes femmes qui peuvent être admiratives [de cette décision, NDLR] alors qu'elles ne bénéficient pas de l'entourage de Rachida Dati. C'est dans l'air du temps d'être dans l'immédiateté et l'intensité mais je trouve ça très risqué, comme modèle. Le cas de Rachida Dati est celui de nombreux couples de cadres sup dans lesquels le père et la mère travaillent ou se déplacent beaucoup. Je crains qu'on pousse les femmes qui viennent d'accoucher à reprendre le travail de plus en plus tôt. Aux Etats-Unis, où ce mouvement existe, les médecins voient des complications chez les nouveaux nés qui n'existent plus en Europe depuis 30 ans car les femmes bénéficient de congés maternité et sont bien suivies.

LCI.fr : Quelle genre de relation s'établit entre la mère et son enfant à la naissance ?

A.L. : Pendant la grossesse, la mère se focalise de plus en plus sur le fœtus et a un accès à son inconscient plus grand qu'en période normale : elle a beaucoup de souvenirs, de fantasmes, de représentations de désirs ou de craintes assez crues. C'est ce qu'on appelle la transparence psychique. Après la naissance, la mère se focalise sur les besoins de son bébé. C'est cette préoccupation maternelle primaire qui explique qu'à la maternité, la mère se réveille quand son bébé pleure et pas quand il s'agit d'autres bébés. Ce fonctionnement psychique dure quelques mois plus ou moins intenses avant de s'estomper. Sous la pression sociale pour être toujours performantes et productives, certaines mères peuvent délaisser un peu cet investissement de tendresse.

LCI.fr : En quoi la relation avec sa mère est-elle capitale pour le nouveau né ?

A. L. : Le nouveau né a besoin de constituer un lien d'attachement. Lequel suppose la présence de la mère pendant une période très longue. L'enfant va découvrir le monde à travers la présence de sa mère, son odeur, sa peau, son goût - via l'allaitement... c'est absolument central. Si la mère n'est pas disponible, il peut y avoir une substitution : les grands-parents, la nounou... Les enfants sont tout à fait adaptables.

LCI.fr : Quels sont les risques pour le bébé d'être "privé" de la présence de sa mère rapidement après sa naissance ?

A. L. : Si la disponibilité de sa mère ou de son substitut est insuffisante, va se constituer un attachement [à la mère, NDLR] insécurisé : cela donnera un enfant "collant" qui supportera mal que sa mère s'en aille. A l'école maternelle, l'angoisse de la séparation sera plus importante. Bon, ce ne sont pas non plus de grosses pathologies.

Maintenant s'il y a une carence affective, parce que la mère est déprimée par exemple, l'enfant sera insuffisamment stimulé ou au contraire, trop stimulé, comme c'est le cas avec une mère toxico. Les conséquences seront un retard du développement psychomoteur : accession à la position assise, à la marche, problème d'apprentissage du langage, troubles du sommeil... Cela se traduira par un enfant en difficulté à l'école et un adulte anxieux.

LCI.fr : Et pour la mère, quels sont les risques ?

A. L. : Une mère peut devenir insatisfaite ou anxieuse mais il n'y a pas de pathologies plus spécifiques que ça.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 09 janvier 2009 à 11:34
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34 Commentaires

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  • Cisca, le 30/07/2009 à 19h21

    Les analyses de monsieur Lazartiques sont d'une grande finesses ,toujours centrées sur l'épanouissement, des mères et des enfants

  • Jacky, le 09/01/2009 à 18h11

    Incroyable, extrordinaire, pourquoi toutes ces paroles, on l'aime, on ne l'aime pas, mais avant toute chose ELLE EST LIBRE

  • Nimbus, le 09/01/2009 à 18h09

    Bien mauvais exemple dans une société où le lien disparaît, où la famille bat de l'aile et que je deteste ce nouveau slogan politiquement correct: interdit de juger!!! A ce titre, une indifférence totale à l'autre, une destruction des traditions, un "respect" que l'on confond avec l'angélisme cynique, une compassion dans son fauteil apparaissent. "Ca ne me regarde pas..." ! Peut-on aussi avoir du respect pour les droits et besoins d'un nouveau-né que l'on a mis au monde volontairement?

  • N, le 09/01/2009 à 18h08

    Je me demande bien combien de temps ce cher Alain c?est arrêté pour la naissance de ses enfants, si il en a. Quel macho franchement ! C?est bien gentil de toujours parler de cet attachement de l?enfant à la mère, et de culpabiliser les femmes qui ne restent pas bien gentiment à pouponner. Je ne dis pas que je ferais pareil, mais quand même je ne vois fondamentalement pas pourquoi ce raisonnement ne s?applique jamais au père d?un enfant. Que personne ne critique jamais de continuer de travailler tranquillement le lendemain de la naissance. Et puis bien sur toutes les femmes qui ont bien profité de leur congé maternité et aiment bien qu?on leur explique que elles, ce sont de bonnes mères, sont scandalisées par celles qui ne sont pas comme elles. Je préférerais être la fille de Rachida D, qui malgré tout doit tout de même être beaucoup plus intéressante et un modèle pour sa fille un tout petit peu plus stimulant, que Mme Congé Maternité« poule pondeuse pouponnante » qui exerce au mieux un emploi chiant, inférieur à en intérêt, importance et salaire à celui de son mari/compagnon, et sans responsabilité, et ne me donnerait que son triste modèle comme perspective d?avenir. Je suis pour un congé maternité à caractère purement médical et dépendant des conditions de travail de chacune, et pour un congé parental que les deux parents pourraient prendre alternativement ou ensemble pour accompagner les premiers mois de leur bébé s?ils le souhaitent. Je trouve que ce serait plus juste pour les femmes et les vrais pères, qui veulent être des gentils papa d?aujourd?hui, n?en déplaise à Alain.

  • Mamina, le 09/01/2009 à 18h07

    Il est certain que de reprendre le travail 5 jours après une césarienne relève de l'exploit, certes Mme DATI n'aura pas les tracas du quotidien de la petite Zorha, mais elle semble méconnaître ce que représentent les joies de la maman qui donne le biberon, écoute le bruit de la digestion, change les couches, baigne son Bébé... Dommage...dommage... Sans doute a t-elle voulu se montrer très "in" mais ce que je lui souhaite est d'avoir la clairvoyance de savoir s'arrêter pour mesurer l'évolution de sa petite fille. Je leur souhaite à toutes les deux mes meilleurs souhaits de bonheur . Mamina

  • Datou, le 09/01/2009 à 18h06

    Je suis d'avis avec Diamsou mais je crains fort que cette situation ne joue sur la fille de Mme Dati lorsqu'elle sera en âge de comprendre. Elle pourrait terriblement en vouloir à sa mère de l'avoir abandonné cinq jours après sa naissance pour s'occuper de sa carrière. Datou, Ouagadougou

  • Egoïsme, le 09/01/2009 à 17h59

    Ce professeur fait simplement remarquer que le comportement de Dati peut avoir des conséquences pour son enfant. Autrement dit, en voulant jouer les Superwoman, Dati pourrait sacrifier le développement de son enfant. Egoïste!

  • Pipiche, le 09/01/2009 à 17h43

    Heu...si je puis me permettre...elle fait ce qu'elle veut Madame Dati....encors un article pour faire parler les gens sur des choses aussi futiles....Ca la regarde !!!!!! Je parie meme qu'il y en a un qui va dire que c'est de la faute du président (Meme quand il neige de trop c' est de sa faute...). Parcontre moi j'ai un scoop....J'ai la grippe et je vais au travail !!!!! Vous en pensez quoi Lci ???? lol

  • Gaelle, le 09/01/2009 à 17h41

    Je suis partagée sur le sujet sur plusieurs points : - Le congé maternité est une avancée sociale cruciale et le fait de reprendre si rapidement son activité peut donner l'impression que celui-ci n'est qu'un luxe dont on peut se passer. Mais je n'ai pas souvenir d'avoir entendu Mme Dati s'être réjouie de se retour si prompt ni d'avoir voulu se poser en exemple à suivre pour toutes les femmes (bien que de par sa fonction elle peut créer cet effet sans réellement le désirer et devrait tout du moins en être consciente.). - Le bébé est en bonne santé, la mère est heureuse de son arrivée : la santé et l'amour sont deux éléments primordiaux réunis ici et par conséquent la santé de l'enfant ne me semble pas en péril alors...Bien malin celui qui pourra ensuite juger des effets psychologiques sur l'un ou l'autre sans connaître le début de l'organisation mise en place pour garder cet enfant pendant que sa mère travaille. Il me semble qu'il vaut mieux s'il elle ne peut ou ne veut pas faire autrement que ce bébé soit gardé par des gens aimants et disponibles et que sa mère soit pleinement à son écoute quand elle est avec lui qu'un bébé dont la mère est sans cesse à moitié diponible et à moitié prise par son travail tout en restant à la maison. - Un dernier point m'inquiète plus : je ne pense pas que les questions sur le bien-être de l'enfant se seraient posées si c'était le père qui était ministre et qui avait repris le chemin du travail cinq jour après son arrivée. Je pense sans naïveté que cela n'aurait suscité aucune vindicte populaire des bien-pensants, personne ne se serait élevé pour dénoncer cet homme qui bafouait le droit au congé paternité en reprenant si tôt, personne ne se serait inquiété des répercussion sur le psychisme de l'enfant. Ah mais pardon j'oubliais que le père n'a pas ce fameux instinct maternel si pratique à invoquer pour se permettre de s'ingérer dans la façon dont les mères gèrent leur relation à leur progéniture !

  • Oli, le 09/01/2009 à 17h40

    Bonjour,la mère,la famme,le travail... proverbe: *fais le pas selon la jambe*... je suis mère de 4 enfants née par césarienne,ce três courageur. Madame la ministre.felicitation.oli

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