Une dégustation de vin © LCILCI.fr : Faut-il modifier la loi Evin, comme le proposent 90 députés de la majorité, afin d' éviter que des articles de presse traitant d'alcool soient condamnés?
Alain Rigaud, psychiatre addictologue à Reims et président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie : La loi Evin ne fait aucune confusion entre une publicité et une information donnée dans un article de presse. Un journaliste fait de l'analyse, il ne fait ni de la publicité ni de la promotion. Sur la cinquantaine d'actions menées depuis 1991, l'ANPAA n'a attaqué que deux fois des quotidiens pour des articles parce qu'il étaient rédigés de manière publicitaire et accompagnés de tels visuels qu'ils se confondaient avec de la publicité. C'est la raison pour laquelle la justice nous a donné raison en condamnant ces journaux qui n'ont d'ailleurs pas fait appel. Les acteurs de la santé ne sont pas des "ayatollah", ils sont attachés à la liberté d'expression et à la liberté de la presse. Il faut laisser les tribunaux arbitrer les cas litigieux.
LCI.fr : La société est-elle en train de criminaliser l'alcool ?
A.R : Certains producteurs et leurs soutiens sont à l'affût de toute occasion pour supprimer la loi Evin. Ils cherchent à abattre cette loi. C'était déjà le cas lors des précédentes modifications à la loi en 1994, en 2005 et aujourd'hui avec la loi Hôpital Santé Patient Territoire. Les lobbyistes adoptent une posture de victime martyrisée par les acteurs de la santé publique. L'ANPAA n'est pas contre le fait que les journalistes écrivent sur l'alcool. Pour preuve, jamais l'association n'a attaqué la Revue des vins de France, ni la rubrique gastronomique des journaux, quotidiens et magazines.
LCI.fr : Le droit à la santé prédomine t-il sur celui de la presse ?
A.R : La liberté d'expression est un droit fondamental. Je ne hiérarchise pas le droit à la santé et celui de la liberté de la presse, ils doivent être mis en cohérence par les parlementaires. Toute société a des principes à faire valoir, des intérêts à défendre dont certains peuvent être divergents. Il est vrai qu'il y a une crise un peu plus aigue dans le secteur de la viticulture. Pour autant allons-nous demander aux Français qu'ils boivent un peu plus ? On a besoin de convergence entre les intérêts économique et ceux de la santé publique.
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