
Les médecins étrangers à diplôme français pourront s'installer librement en France. Une proposition de loi, votée mercredi par le Sénat, ouvre ainsi aux non-ressortissants de l'Union européenne plusieurs professions libérales, dont celle d'architecte et de médecins.
Bariza Khiari, la sénatrice (PS) à l'origine de la proposition de loi, s'est félicitée de la fin d'une restriction aux fondements "historiquement datés et connotés, économiquement obsolètes et moralement condamnables". SOS-Racisme a salué jeudi "un pas en avant contre les discriminations légales", de même que France Terre d'Asile, pour qui le Sénat "fait figure de précurseur en France". Mais les deux associations ont également appelé à aller plus loin, citant notamment "les emplois fermés de la fonction publique". La disposition est en effet limitée au secteur libéral et ne concerne pas la fonction publique hospitalière.
"On accueille favorablement cette mesure, mais c'est à l'hôpital que se pose le problème le plus urgent, celui de la reconnaissance pour des médecins, français ou étrangers, qui ont obtenu leur diplôme hors de l'Union européenne et qui n'ont pas le droit à des contrats pérennes", a expliqué Elisabeth Sow Dione, porte-parole de l'Inpadhue (médecins à diplôme étranger hors UE). Pour ces médecins, qui sont plusieurs milliers à exercer dans les hôpitaux, dans des conditions à la légalité parfois douteuse, la disposition ne change rien. Ils demeurent soumis, pour accéder au plein exercice de leur métier à une procédure d'autorisation d'exercice (PAE), organisée tous les ans. Par ailleurs, la disposition ne modifie pas les conditions de diplôme pour exercer la médecine (diplôme français ou de l'Union européenne, ou dans les autres cas, validation par le biais de la PAE). Elle ne change pas non plus les conditions d'entrée et de séjour des étrangers.
"Générosité à double tranchant"
"Pas d'objection" pour l'Ordre des médecins. "Mais nous demandons que la mesure soit clarifiée et qu'on s'assure que le niveau de formation est exactement le même", a ajouté un porte-parole, André Deseur, s'inquiétant des cas de médecins étrangers ne faisant que compléter par un diplôme français "une formation de base insuffisante". Accueil favorable également de la part du principal syndicat de médecins généralistes, MG-France. "Mais il ne faut surtout pas croire que ça va régler le problème du manque de généralistes dans certaines zones en France, ce ne sera qu'une goutte d'eau", a estimé son secrétaire général, Pascal Menguy.
En revanche, il s'agit d'une "mesure extrêmement surprenante", selon Michel Chassang, président du principal syndicat de libéraux (CSMF). Elle constitue en premier lieu "un détournement du numerus clausus". Chaque année, le nombre d'étudiants admis en deuxième année de médecine est limité. Or, ce numerus clausus ne concerne pas les étudiants étrangers : ils seront ainsi favorisés en pouvant s'installer librement quand certains étudiants se verront recalés "à quelques dixièmes de points près". Autre reproche : le vote du Sénat "constitue une aide de la France à la fuite des cerveaux dans les pays dont sont originaires les médecins étrangers", explique Michel Chassang à LCI.fr. La CSMF regrette enfin l'absence de réciprocité d'une telle mesure : "Un étudiant américain ayant fait ses études en France pourra s'installer dans notre pays alors qu'un étudiant français ayant obtenu son diplôme aux Etats-Unis ne pourra pas y ouvrir un cabinet", s'insurge-t-il.
Le président de la CSMF réfute toute réaction "de nature raciste ou xénophobe". "Sur le plan de la formation, des compétences et de la qualité de l'exercice, il n'y a aucune différence entre un Français et un étranger ayant fait ses études de médecine en France", affirme-t-il encore. Mais ce vote constitue "une générosité à double tranchant", souligne Michel Chassang, qui "invite les députés à y regarder à deux fois" lorsqu'ils examineront à leur tour cette proposition de loi. Plutôt que de légiférer, Michel Chassang souhaite que les autorités "traite les installations de médecins étrangers en France au cas par cas".
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