© TF1/LCICe week-end, l'Organisation mondiale de la santé n'a pas hésité à déclarer que le virus mutant de la grippe mexicaine, qui a déjà fait 20 morts au Mexique sur un total de 81 "probables", a "clairement un potentiel pandémique". Convoqué samedi soir par l'OMS, le comité d'urgence a même conclu que l'apparition d'un virus de la grippe porcine transmissible d'homme à homme représentait une "urgence en terme de santé publique et une préoccupation internationale". Dimanche, Keiji Fukuda, vice-directeur général de l'OMS par intérim, chargé des questions de sécurité sanitaire et environnementale, est allé plus loin encore en envisageant de nouvelles mutations. "Il est fort possible que le virus évolue. Quand les virus évoluent, il est clair qu'ils peuvent devenir beaucoup plus dangereux pour la population", a-t-il estimé.
Pour autant, il juge le monde mieux préparé que jamais à un risque de pandémie grippale. Et ce, paradoxalement, grâce au précédent de la grippe aviaire. Selon ce haut responsable de l'OMS, la communauté mondiale se préparait en effet depuis cinq ans à faire face à une éventuelle pandémie de grippe aviaire. Et l'Organisation et ses partenaires ont déjà entamé des travaux préliminaires pour préparer si nécessaire un vaccin contre la grippe mexicaine.
La situation est "sérieuse" et "imprévisible"
D'après les analyses, le virus ressemble beaucoup au virus du porc, mais sous une forme jamais vue mêlant de l'ADN typique des virus porcin, aviaire et humain. Le fait que la plupart des victimes mexicaines soient âgées de 25 à 45 ans constitue également un facteur d'inquiétude : les épidémies saisonnières de grippe peuvent être plus meurtrières parmi les très jeunes enfants et les vieillards, mais une des caractéristiques des pandémies est qu'elles affectent les jeunes adultes en bonne santé. Selon l'OMS, le virus semble sensible au Tamiflu de Roche AG, connu aussi sous le nom d'oseltamivir, mais pas aux médicaments plus anciens contre la grippe tels que l'amantadine.
Les groupes pharmaceutiques se disent d'ores et déjà prêts à fournir des millions de doses de médicaments et à travailler à un vaccin. Le laboratoire Roche dit tenir à la disposition de l'Organisation mondiale de la santé trois millions de colis de Tamiflu, la moitié aux Etats-Unis, et l'autre moitié en Suisse. "Pour l'instant, l'OMS ne nous a pas demandé de mobiliser ces stocks. Bien sûr, dès qu'elle le demandera, nous le ferons", a souligné une porte-parole de Roche. Quant aux laboratoires spécialisés dans les vaccins, ils se sont dits prêts à entamer dès que possible le processus de développement d'un vaccin. Parmi les leaders en la matière sont Sanofi Pasteur, la division vaccins de Sanofi-Aventis, selon qui la fabrication d'un nouveau vaccin antigrippal nécessite un délai de quatre mois.
En cas de pandémie, les labos sont prêts
Le laboratoire P4 de Lyon, le centre français spécialisé dans les virus les plus pathogènes, assure lui aussi que ses équipes se tiennent prêtes en cas de pandémie. "Si nous sommes sollicités, une vingtaine de chercheurs du laboratoire seraient amenés à procéder à une caractérisation fine du virus et à faire des tests pré-cliniques d'efficacité de vaccins et de molécules anti-virales", a expliqué le directeur adjoint du laboratoire P4 Jean Mérieux, Hervé Raoul, précisant que leur travail pourrait "durer plusieurs semaines". Inauguré en 1999 et exploité depuis 2004 par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le P4 se consacre aux virus les plus mortels et contagieux contre lesquels il n'existe aucun vaccin ou traitement.
En attendant, la prévention est primordiale pour éviter une propagation du virus. La directrice générale de l'OMS, Margaret Chan, a recommandé à tous les pays d'intensifier "leur surveillance de tous les cas inhabituels de maladie ressemblant à une grippe ou à une grave pneumonie". La situation est "sérieuse", "imprévisible" et "évolue vite", a averti la directrice générale de l'OMS depuis le siège de l'organisation à Genève.
D'après agence
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