Roselyne Bachelot à l'hôpital Béclère à Clamart © LCI.frMalgré une réécriture substantielle du projet de loi Bachelot en commission où ont été adoptés plusieurs centaines d'amendements, une nouvelle journée de grève et de manifestations est prévue jeudi à l'appel des principaux syndicats des hôpitaux publics auxquels pourraient se joindre les syndicats libéraux. C'est donc dans un contexte qu'on pourrait difficilement qualifier de consensuel que le Sénat entame mardi après-midi, après l'Assemblée nationale, l'examen en séance du texte de réforme de l'hôpital. Un texte qu'il entend remanier profondément pour calmer la colère de la communauté médicale. Devant la grogne médicale, Roselyne Bachelot a reconnu elle-même samedi qu'il lui faudrait faire "sans dénaturer la loi, des gestes d'ouverture". Et à quelques heures de ce passage devant les sénateurs, Nicolas Sarkozy reçoit ce soir à l'Elysée, à partir de 17h30, directeurs généraux et présidents des commissions médicales d'établissement des CHU, doyens des facultés de médecine et présidents d'université, pour une allocution qui sera précisément centrée sur la réforme des CHU.
Il pourrait bien annoncer dès ce moment-là des évolutions significatives du projet, d'autant plus qu'il aura alors entre les mains le rapport de la commission de réflexion présidée par le Pr Jacques Marescaux, qui préconise une réforme de la gouvernance des centres hospitaliers, laquelle deviendrait multipolaire et serait fondée sur la collégialité. Le rapport recommande par ailleurs de substituer à l'organisation des CHU par pôles regroupant quelques services des "départements hospitalo-universitaires" aux compétences plus larges. Cela permettrait, est-il écrit, "d'optimiser l'organisation collective (...), notamment celle dédiée à la recherche".
"Une privatisation de l'offre sanitaire"
C'est bien ce qui se trouve au coeur de la contestation : la gouvernance à l'hôpital et son directeur, dont le projet fait un patron tout puissant. Avant l'arrivée du texte au Sénat, pour un débat qui devrait durer trois à quatre semaines et s'annonce houleux, les sénateurs de la commission des Affaires sociales ont déjà renforcé les contre-pouvoirs des médecins en matière de nominations, de définition du projet médical et accru la place des élus locaux dans le conseil de surveillance. Les chefs de pôle (regroupement de plusieurs services) seront notamment nommés par le directeur sur une liste proposée par le représentant de la communauté médicale. Mais le gouvernement défendra un amendement précisant qu'en cas de désaccord, le directeur aura le dernier mot.
La commission a également fait des concessions en direction de la médecine libérale, en supprimant une disposition qui impose aux cliniques privées en situation de monopole local les tarifs du public sur une partie des soins. Elle a surtout fait disparaître les mesures coercitives de répartition des médecins libéraux (déserts médicaux), comme la pénalité financière prévue pour les praticiens des zones surdenses refusant de prêter main-forte à leurs confrères. Mais Roselyne Bachelot entend réintroduire cette "taxe" en séance, ce qui promet un bras de fer avec sa majorité. Les sénateurs ont en outre supprimé la pratique du "testing" prévue pour prouver le refus de soins discriminatoires.
Au volet "santé publique", ils sont allés plus loin que leurs collègues députés en interdisant totalement la vente d'alcool dans les stations-services d'autoroutes, provoquant la colère des élus des régions viticoles qui veulent monter au créneau dans l'hémicycle. Enfin, ils ont rayé du texte les mesures anti-obésité. Mais l'opposition va néanmoins combattre farouchement un texte qui, selon les communistes, vise à "sacrifier" la santé "sur l'autel de la privatisation et de la rentabilité financière". Le PS, s'il note "quelques avancées" en commission, reste très opposé à cette "privatisation de l'offre sanitaire sur notre territoire".
Avec agences
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