© sxc.huMieux vaut boire de l'eau filtrée ou en bouteille dans les régions polluées, lorsqu'on est fragilisé par un cancer, recommande mardi le docteur David Servan-Schreiber, soutenu par un comité où siègent des épidémiologistes, des oncologues et l'association WWF (voir l'encadré ci-dessous). Les signataires du communiqué, mis en ligne sur le site de l'association Guérir, soulignent que "l'eau du robinet est en général de bonne qualité en France" mais qu'elle varie selon les régions et selon les périodes de l'année, en raison de l'activité agricole.
Quelles villes gaspillent le plus d'eau ?
Selon une enquête du JDD, Nîmes, Avignon et Rouen sont les trois villes qui gaspillent le plus d'eau : de 30 à 40 % de leur eau potable n'arriverait pas dans le robinet des habitants.
Publié le 08/11/2009
Ainsi, "des personnes fragilisées peuvent être exposées sans le savoir à des taux de nitrates et de pesticides supérieurs aux normes", estime le texte. Il note aussi que "les normes de qualité n'ont pas évolué malgré les nouvelles connaissances sur des polluants à effet hormonal",tels que certains pesticides, certaines hormones ou le bisphénol A. "Nous conseillons aux personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie de ne boire quotidiennement de l'eau du robinet que si elles sont sûres de sa qualité, et sinon de s'équiper d'un filtre de qualité ou de boire de l'eau en bouteille", indique le communiqué.
"On peut retrouver dans l'eau du robinet des micropolluants : pesticides, hydrocarbures aromatiques, résidus médicamenteux...,explique à LCI.fr Cyril Deshayes, responsable du dossier eau douce au WWF-France. Même à l'état de traces, [ces particules] peuvent agir au niveau cellulaire et aggraver certaines pathologies". Des effets déjà constatés sur des espèces tels que les anguilles, les esturgeons et les loutres. L'écologiste dénonce "deux poids, deux mesures" : dans les grandes villes, souligne-t-il, les contrôles de qualité de l'eau sont réguliers et le traitement des eaux, très pointu ; en revanche, dans les petites communes à caractère rural, les contrôles sont très espacés - deux analyses par an pour les cours d'eau, une tous les deux ans pour les eaux souterraines - et le traitement des eaux s'avère basique ou incomplet.
"Doses infinitésimales"
"Il n'est pas vrai de dire que l'eau du robinet n'est bonne que dans les grandes villes",s'insurge Monique Chotard, directrice de Centre d'information sur l'eau, association créée par les sociétés assurant le service de l'eau et l'assainissement. "On peut boire de l'eau partout, sauf si on vous dit de ne pas en boire. Cela arrive, il ne faut pas être angélique mais l'eau est bonne à 99,5%",affirme-t-elle à LCI.fr. Selon la directrice du C.I. Eau, l'argument de Guérir est "pernicieux" car il alerte le public "nationalement" sur des problèmes qui concernent "moins de 1% de la population". "Les substances potentiellement cancérigènes présentes dans le sol - pesticides, engrais... - se retrouvent dans l'eau à des doses infinitésimales mais entre l'eau et le robinet, il y a le traitement",ajoute Monique Chotard qui relève qu'il n'y a "pas d'incidence connue de pathologies liées à l'eau du robinet". A son tour, la Direction générale de la santé (DGS) a tenu à rappeler mercredi que les Français peuvent "maintenir leur confiance" à l'eau du robinet, qui subit des contrôles "exigeants et réguliers".
Remplacer l'eau du robinet par l'eau en bouteille pose d'autres questions. Celui du recyclage des matières plastiques mais aussi de "certains résidus du plastique ayant une activité de perturbateur endocrinien [qui] peuvent être libérés lors du chauffage de certaines bouteilles", comme le précise le communiqué de David Servan-Schreiber. Un discours qui fait bondir du côté des eaux en bouteille. "Ces affirmations ne reposent sur aucune étude scientifique sérieuse et avérée à ce jour", assure le Syndicat des eaux de sources qui juge les propos "diffamatoires". Dénonçant l'amalgame entre le PET utilisé pour les bouteilles et le bisphénol A dont la toxicité est discutée, le syndicat rappelle qu'"il n'y a aucun perturbateur endocrinien dans les bouteilles en plastique pour la bonne raison que l'emballage même n'en est pas constitué".
"L'eau en bouteille ne subit aucun traitement"
Sans remettre en cause la démarche de Guérir, Clara Osadtchy, de l'association Agir pour le développement, met en garde contre "les messages simplistes" et "l'opposition manichéenne entre l'eau du robinet et l'eau en bouteille". "Eau du robinet et eau de source viennent des mêmes nappes phréatiques", argue l'écologiste. "Les eaux de sources ne sont pas captées dans les nappes phréatiques (quelques mètres sous la terre, dans lesquelles se concentrent toutes les pollutions agricoles), mais dans des nappes profondes (entre 80 et 400 m)", se défend le Syndicat des eaux de sources qui ajoute que ces eaux "ne subissent aucun traitement, au contraire des eaux du robinet."
Par ailleurs, les bouteilles en plastique, lorsqu'elles sont détruites, sont à l'origine de pollution atmosphérique, insiste Clara Osadtchy, et "ces dioxines et ces toxines retombent sur le sol et dans l'eau qu'elles contribuent à polluer". Et de rappeler que, malgré tout, "l'eau du robinet est le produit alimentaire le plus contrôlé". Un titre que conteste le Syndicat des eaux de sources, mettant en avant la traçabilité de ses produits et rappelant à dessein quelques récents couacs sanitaires liés aux eaux de distribution. Pas certain que le pavé dans la mare lancé par David Servan-Schreiber contribuera à éclaircir les idées.
Scientifiques signataires |
Ont signé le texte de David Servan-Schreiber Bernard Cressens, directeur scientifique du WWF-France, le Pr Jean-Claude Lefeuvre, ancien président de l'Institut français de la biodiversité, le Pr Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008, le Pr Jean-Marie Pelt, président de l'Institut européen d'écologie, le Pr Gilles-Eric Séralini, président du conseil scientifique du Criigen (Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique), le Pr Lucien Israël, professeur émérite d'oncologie médicale, le Pr Franco Berrino, de l'Institut italien du cancer, le Dr Annie Sasco, docteur en épidémiologie, spécialiste de prévention du cancer... |
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