LCI-TF1 © LCI-TF1"Nous allons être conduits à vacciner tout le monde, au Nord, comme au Sud, dans les pays riches comme dans ceux en voie de développement. Et mon avis est que le plus vite sera le mieux, compte tenu de l'évolution actuelle". Le Professeur Sylvie van der Werf, directeur d'une unité de recherches à l'Institut Pasteur, est catégorique.
Dans un entretien publié jeudi dans Le Figaro, la spécialiste, qui est également directeur du Centre national de référence des virus influenzae pour la région Nord, avertit toutefois que cette vaccination massive se heurte à "des délais incompressibles", selon le professeur van der Werf. Comme pour tout nouveau vaccin, des essais cliniques seront en effet nécessaire "pour vérifier l'efficacité et l'absence d'effets secondaires".
Par ailleurs, "on sait que les virus grippaux mutent en permanence. Et nous ne sommes pas à l'abri d'un changement qui augmenterait sa virulence et sa transmissibilité", estime Sylvie van der Werf. Les chercheurs sont en train de répertorier toutes les mutations "dangereuses" possibles, explique-t-elle. "Nous redoutons aussi des réassortiments génétiques entre ce virus et ceux de la grippe saisonnière, et notamment avec un autre H1N1 majoritairement résistant au Tamiflu".
Problème d'organisation
"Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse du professeur van der Werf", indique à LCI.fr le docteur Jean-Marie Cohen, médecin coordinateur national du réseau Grog (Groupes régionaux d'observation de la grippe). "J'émettrais juste un bémol, ajoute-t-il, le virus A/H1N1 actuel semble proche du virus à l'origine d'une épidémie pendant l'hiver 1948-1949 donc peut-être que les personnes âgées, nées avant 1957, sont ‘protégées' mais ce n'est pas certain."
"Pour l'instant, la pandémie attendue n'est pas partie pour provoquer une grosse mortalité - c'est-à-dire beaucoup de décès - mais une grosse morbidité - beaucoup de gens touchés", explique le docteur Cohen. Selon lui, c'est avant tout un problème d'organisation sociale qui risque de se poser : "Comment éviter que tout le monde soit malade en même temps ?"
Plusieurs options
Malgré les efforts des industriels, "il n'y aura pas assez de vaccins pour tout le monde jusqu'en avril 2010", pointe l'expert du Grog. La stratégie des autorités sanitaires pourrait consister à vacciner les jeunes et les adultes contre le virus émergent et à vacciner les personnes âgées contre le virus de la grippe saisonnière. "Mais le message risque d'être mal compris, prévient le Dr Cohen : les gens vont penser que l'on sacrifie les personnes âgées".
"Le virus de la grippe, |
Dr Jean-Marie Cohen |
Plusieurs options se présentent aux fabricants de vaccin : fabriquer un vaccin "quatre en un" contre les trois souches de la grippe "classique" (A/H3N2, A/H1N1 "classique", B) plus celle du nouveau virus.
Deuxième possibilité : fabriquer un vaccin "trois en un" soit en remplaçant l'ancienne souche H1N1 par la nouvelle, soit en conservant les souches A/H3N2, A/H1N1 "classique" et en remplaçant la souche B, beaucoup moins épidémique et plus tardive que les autres, par la nouvelle souche A/H1N1. Dernière option : fabrique deux vaccins différents - un contre la grippe classique et l'autre contre le nouveau virus.
Comme Zidane...
"Heureusement, dans la lutte contre la grippe A/H1N1, il n'y a pas que le vaccin, rassure Jean-Marie Cohen. Il existe toute une série d'outils pour retarder la propagation du virus : l'hygiène des mains, les antiviraux [Tamiflu et Relenza, NDLR] pour peu que l'on les prenne au tout début de la maladie, et les masques." Même si l'usage de ces derniers peut s'avérer problématique en France : "Si un médecin ou une pharmacienne en met un, le public va prendre peur et ne viendra plus aller les voir", estime le docteur Cohen.
Pas simple donc mais il faudra s'y faire car l'épidémie pourrait devenir mondiale et massive dès cet hiver avant de laisser place à des "vagues" de contamination moins importantes. "Le nouveau virus va circuler pendant 20 à 30 ans mais de moins en moins de gens auront la capacité d'être infectés", indique Jean-Marie Cohen. Et de conclure : "Le virus de la grippe, c'est un peu comme Zidane ou Gourcuff avec un ballon dans les pieds, on ne sait jamais ce qu'il va faire ! Il nous réserve toujours beaucoup de surprise".
Mardi, le numéro deux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Keiji Fukuda, a averti que le monde "se rapproche" d'une alerte pandémique maximum de grippe A/H1N1 de niveau six. Tous les continents sont désormais affectés par la grippe porcine qui a contaminé près de 20.000 personnes.
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