Jim Carrey dans "Yes Man" de Peyton Reed © Warner Home VideoDans Yes Man, sorti en Blu-ray et DVD chez Warner Home Video (1), Jim Carrey incarne un homme qui, pour changer sa vie morne et sortir d'un état dépressif, décide de dire "oui" à toutes les demandes qui lui sont faites. Cette comédie réussie, avec un Jim Carrey en grande forme, illustre un courant thérapeutique en vogue aux Etats-Unis. Analyse de Christophe André, psychiatre à l'Hôpital Sainte-Anne (2).
LCI.fr : Suffit-il, comme Jim Carrey dans Yes Man, de dire "oui" à tout pour être plus heureux ?
Christophe André : Oui... et non ! (rire) J'ai bien aimé ce film et ce qu'il montre très bien, c'est que dire "oui" plus souvent offre la possibilité de vivre des choses nouvelles et imprévues. Le héros du film est prisonnier d'un style de rapport à la vie et au quotidien qui est devenu étouffant : il veut que tout soit sur des rails et cela conduit à l'appauvrissement et à l'étouffement. On tend tous à rester prisonniers de nos certitudes. Dire "oui" permet de sortir du train-train, de la dérobade, des évitements...
LCI.fr : Pourtant, nous recherchons tous le confort du train-train, qui est rassurant. Alors comment concilier cette tendance avec une approche positive de la vie ?
C. A. : Nous avons en effet besoin de repères, de certitudes, de rituels mais il faut veiller à ce que le mouvement naturel du quotidien ne nous tire pas vers cet appauvrissement par l'étouffement dont je vous parlais.
LCI.fr : Cette attitude positiviste correspond-elle à un mouvement thérapeutique ?
C. A. : C'est ce qu'on appelle les thérapies d'acceptation et d'engagement mais cela remonte à beaucoup plus loin, au stoïcisme, cette discipline de l'assentiment. Il y a cette célèbre prière stoïcienne, que je cite de mémoire : "Mon dieu, donne-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer...". Ce que Marc Aurèle avait traduit en ces termes : "Ce concombre est amer ? Jette-le ! Il y a des ronces dans le chemin ? Détourne-toi ! C'est tout ce qu'il faut. Ne dis pas à ce sujet : ‘Pourquoi ces choses-là se trouvent-elles dans le monde ?'"
LCI.fr : Reste qu'en disant "oui" à tout, le personnage interprété par Jim Carrey s'attire bien des ennuis...
C. A. : Là où le film est malin, c'est en montrant les limites de cette attitude lorsqu'elle devient systématique. J'en reviens à la prière stoïcienne : il y a une nécessité du discernement dans l'acceptation.
LCI. Fr : Le thérapeute qui soigne Jim Carrey ressemble à un gourou. Les thérapies de l'acceptation sont-elles aussi extrêmes que dans le film ?
C. A. : Non, c'est très caricatural. Dans le film, le groupe de thérapie relève presque de la secte. La démarche du thérapeute ressemble à de l'endoctrinement. Dans les faits, cela ne se passe pas comme ça. La personne qui veut suivre une thérapie d'acceptation doit se tourner vers un thérapeute reconnu. Les psychologues comportementalistes notamment travaillent sérieusement sur l'ouverture de l'esprit et le développement de capacités d'acceptation lucides.
LCI.fr : Y a-t-il beaucoup de personnes qui souhaitent justement donner un tour plus positif à leur vie ?
C. A. : Il y a une proportion importante de gens qui vont en thérapie pour cette raison, oui. Ils ne vivent pas de drame majeur mais ils ont l'impression de faire toujours les mêmes choses. D'où un sentiment de vide qu'il cherche à combler.
(1) Yes Man de Peyton Reed, avec Jim Carrey, Zooey Deschanel et Bradley Cooper, Blu-ray et DVD (Warner Home Video).
(2) Christophe André est l'auteur de nombreux ouvrages, notamment Les états d'âme : un apprentissage de la sérénité, aux éditions Odile Jacob.
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