Roselyne Bachelot annonçant le lancement de la campagne de vaccination contre la grippe A (20 octobre 2009) © TF1/MCI
L'annonce avait été faite dès lundi par le ministère de la Santé ; Roselyne Bachelot a précisé les modalités de l'opération lors d'une conférence de presse mardi matin. La campagne de vaccination contre le virus H1N1 est donc officiellement lancée pour le personnel hospitalier, prioritaire. Le vaccin utilisé sera celui de GlaxoSmithKline, a précisé la ministre. "Il nous a été livré en grande quantité, de l'ordre de 1,5 million de doses. Il s'agit d'un vaccin adjuvé qui sera pour l'instant (...) utilisé selon une stratégie à deux injections", a-t-elle souligné. "Nous sommes tout à fait conscients que pour les adultes, cette recommandation va très probablement évoluer", a ajouté Roselyne Bachelot, soulignant qu'elle attendait la décision des instances européennes.
Selon la liste rendue publique par le gouvernement fin septembre, les personnels de santé prioritaires, qui devront se faire vacciner sur leur lieu de travail, sont ceux travaillant dans la réanimation néonatale et pédiatrique ou ceux côtoyant des patients grippés ou porteurs de facteurs de risque (insuffisants respiratoires, asthmatiques...). Pour les autres (médecins libéraux compris), la vaccination interviendra dans les 1080 centres mis en place sur le territoire.
Bachelot plaide le vaccin "altruiste"
La ministre a notamment insisté sur la nécessité pour les soignants de se vacciner, non seulement pour se protéger, mais aussi et surtout pour protéger les patients : elle a qualifié la vaccination "d'acte de responsabilité envers autrui", dans un contexte où les réticences persistent parmi les professionnels de santé et le public et alors que l'épidémie apparaît relativement bénigne.
Face à une épidémie grippale encore pour l'instant qualifiée de "petite", les autorités sanitaires auront à faire oeuvre de davantage de pédagogie pour convaincre la population. Un bas niveau d'inquiétude expliquerait une faible motivation pour la vaccination, d'après des sociologues. "Beaucoup de ceux qui ne se sentent pas concernés par la vaccination vont, au contact de la montée de la pandémie, certainement changer d'avis", a d'ailleurs pronostiqué le Premier ministre fin septembre. Selon diverses enquêtes, 60 à 65% des Français n'ont pas l'intention de se faire vacciner contre la grippe A (H1N1) en septembre. Mais pour le Pr Bruno Lina, la vaccination du personnel est un "enjeu clé". La mort dimanche à Paris d'un bébé de 11 mois rappelle que le virus H1N1 peut tuer les personnes fragiles.
Des personnels soignants peu motivés
"Si on a un pic épidémique important, s'il n'y a pas de soignants, des malades mourront", a averti le virologue. Du côté des médecins libéraux, susceptibles de servir de relais auprès du public, la situation n'est guère brillante, si l'on en croît un sondage Ipsos réalisé également en septembre pour le Quotidien du Médecin : à peine plus de la moitié d'entre eux se disent prêts à se faire vacciner. Et, d'après une consultation lancée sur Internet à la même période par le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), parmi les 4100 premières réponses, 65% refusent la vaccination. Même s'il reste à vérifier si ces résultats sont représentatifs, force est de constater que les réticences ne sont pas l'apanage des Français.
La défiance sévit aussi aux Etats-Unis où certains soignants ont intenté une action en justice contre la vaccination "forcée" et où 40% seulement des adultes sont sûrs de se faire vacciner, selon une étude de la Harvard School of Public Health. Et seulement un parent américain sur deux déclare vouloir faire vacciner ses enfants. "Il y a un problème de confiance aujourd'hui entre les autorités et le corps médical et plus largement la population parce qu'on a survendu la problématique de la vaccination", a estimé pour sa part lundi Jean-Marie Le Guen, par ailleurs président du conseil d'administration de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
D'après agence
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