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Héroïne : "trouver des outils pour sauver des vies"

Edité par
le 22 juillet 2010 à 15h35
Temps de lecture
4min
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SantéInterview- Pierre Polomeni, du service d'addictologie de l'hôpital Jean Verdier de Bondy, a participé à l'expertise commandée par Roselyne Bachelot qui recommande la mise en place de "centres d'injections supervisés", inspirés de l'étranger.

En 2008, Roselyne Bachelot a demandé à l'Inserm d'analyser les meilleures expériences internationales de réduction des risques de contamination. Cette expertise collective, à laquelle Pierre Polomeni, du service d'addictologie de l'hôpital Jean Verdier de Bondy a participé, a émis une recommandation favorable à la mise en place de ce qu'ils préfèrent appeler des "centres d'injections supervisés".

TF1 News : En quoi consiste ce concept de "shooting room" ? 
Pierre Polomeni (service d'addictologie de l'hôpital Jean Verdier de Bondy) : Tout d'abord, nous préférons les termes de "centre d'injection supervisé". L'idée n'est pas de créer un endroit pour s'injecter tout et n'importe quoi, mais qu'existe un lieu qui sécurise les usagers, où un accompagnement médical peut être opéré, voire de la prévention.
 
TF1 News : A quelles conditions répondraient ces lieux particuliers ?
P.P.:Une vraie densité de toxicomanes locaux s'adonnant à des injections sur une scène ouverte - la rue - où les conditions hygiéniques sont déplorables. Les risques d'infections, de contamination y sont très grands et posent à ces endroits un problème de santé publique. Le rapport de l'Inserm n'exprime pas de chiffres quant à un éventuel nombre de centres, mais de mon point de vue, cela ne concerne que très peu de villes en France. Par exemple, je n'imagine pas l'ouverture d'un centre dans une petite ville de province, avec tous les moyens que cela mobilise, pour seulement deux usagers par mois. Toutefois, c'est aux politiques de déterminer les lieux qui répondent à ces conditions.
 
TF1 News : Quels seront les bénéfices de tels centres d'injections supervisés ?
P.P.:Les études sur les effets des "shooting room" indiquent que de tels centres n'ont pas eu pour impact une hausse de la consommation de drogues, dans les différentes villes ayant fait l'expérience à l'étranger. La fréquentation de ces centres a prouvé également que leur fonction d'accès aux soins fonctionne. Les bénéfices des centres d'injections supervisés sont en lien direct avec les constats initiaux. Imaginons qu'à un lieu donné, un nombre d'usagers important s'injectent de la drogue dans la rue et qu'à côté de cela il existe un lieu hygiénique, protégé, alors on peut s'attendre à une baisse des overdoses, des abcès, des infections au VIH (virus de l'immunodéficience humaine) et VHC (virus de l'hépatite C). Ce lieu peut aussi permettre à une personne, non suivie auparavant, de pouvoir entrer dans un système de soin. Mais comme l'Inserm l'a indiqué dans son rapport, la réduction des risques c'est aussi prévenir le passage à l'injection.
 
TF1 News : Parmi les critiques sur ce type de structure, la plus récurrente est qu'elle n'apporterait pas de solution contre la dépendance, et au contraire l'accompagnerait. Quelles sont vos conclusions sur le sujet ?
P.P.:Le collectif d'experts a conscience que ces outils ne sont pas une aide pour lutter contre la dépendance, mais ce qui lui a été demandé, ce sont des outils pour sauver la vie des gens. Il est vrai que ces centres d'accueil toucheraient très peu d'usagers. Il faut donc réfléchir à des outils pour aider le plus grand nombre. Comme le rappellent les chiffres de l'Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT), on estimait en 2006 en France entre 210 000 et 250 000 le nombre d'usagers problématiques de drogues. L'expertise collective a ainsi préconisé une palette d'outils tels que les médicaments de substitution, la mise à disposition de seringues stériles, l'héroïne médicalisée, etc. L'Inserm a travaillé dans le but d'alimenter la réflexion, de donner des arguments scientifiques pour que le gouvernement puisse ensuite prendre des décisions.
 

Bachelot : "Une concertation avec tous les partenaires concernés"

Pour diminuer les risques encourus par les utilisateurs de drogues, Roselyne Bachelot a annoncé "une concertation avec tous les partenaires concernés et notamment les collectivités locales" sur les salles d'injections supervisées, des lieux où les personnes peuvent s'injecter des produits dans de bonnes conditions d'hygiène et sous supervision de personnel de santé. 
L'Inserm a rendu début juillet un avis favorable, sous certaines conditions, sur ce dispositif adopté déjà par huit pays dans le monde, dont la Suisse, l'Allemagne et les Pays-Bas. 
Des associations ont accusé la ministre de tenir sur ce point un double langage, en leur ayant assuré un financement public pour des projets de salles d'injections supervisées à Marseille et Paris, lors d'une réunion un peu plus tôt.

Commenter cet article

  • franky37 : On croit rêver. Fournir de quoi se droguer, et pourquoi pas le produit en plus ?Ca s'appelle de la complicité dans la commission d'un délit : la fourniture du moyen de l'accomplir.

    Le 23/07/2010 à 07h35
  • sandra : Bonjour, je pense que cela ne l'ai aide en rien a arreter, au contraire ca les multiplient d'etre pris en charge de cette forme. habiter proche de ces centres ne fait pas plaisir.

    Le 22/07/2010 à 19h47
  • gaston78 : Quand on pense que l'on interdit les fumeurs sur les terrasses!!!! NB: je ne suis plus fumeur depuis 24 ans

    Le 22/07/2010 à 19h07
  • pascalcaen : Ce n'est pas ce que disent les études.

    Le 22/07/2010 à 17h43
  • chris_74 : Venez voir à Genève ce que donne une "shooting room"! Il n'y a jamais eu autant de trafic de drogue à Genève, depuis son installation. Au point que les Français viennent se fournir et consommer à Genève car elle est devenue moins chère qu'en France...

    Le 22/07/2010 à 17h16
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