© AFP PHOTO/BELGA/JORGE DIRKXC'est un microbe qui fait peur. Un médecin le qualifie même de "germe résistant et insoignable". Une bactérie résistante à presque tous les antibiotiques a récemment été découverte. Chez un patient, elle s'est même révélée mortelle. La particularité des personnes touchées ? La plupart avait voyagé dans le sous continent indien, beaucoup y avait effectué du tourisme médical, un secteur en plein essor dans la région particulièrement en Inde.
Hôpital de Massy : la bactérie tueuse accusée à tort
A la suite d'un article du Parisien, révélant la mort de plusieurs patients d'un hôpital de l'Essonne qui avaient été infectés par une bactérie résistante, l'Institut de veille sanitaire met les choses au point : s'ils étaient bien porteurs du microbe, ce n'est pas lui qui les a tués.
Publié le 30/08/2011
Une bactérie tueuse fait trois morts dans un hôpital de Massy
Trois patients ont succombé en juillet à une bactérie résistante aux antibiotiques, selon Le Parisien. En tout, 18 patients auraient été infectés. Ce qui avait poussé l'Institut de veille sanitaire et l'Agence régionale de santé à bloquer temporairement les nouvelles admissions dans l'hôpital.
Publié le 30/08/2011
Identifiée pour la première fois en 2009, la bactérie a touché, selon une étude publiée cette semaine dans la revue The Lancet Infectious Diseases, quelques 37 patients en Europe. Dernière victime en date ? Un Bruxellois hospitalisé au Pakistan après un accident de la circulation. Rapatrié en Belgique dans "un état déjà septique", il est décédé en juin. En France, une seule souche de bactérie de type NDM-1 a été identifiée à ce jour, selon l'Inserm. "Il ne s'agit pas d'une infection", précise Patrice Nordmann, directeur de l'Unité "Résistances émergentes aux antibiotiques". "Ce patient français est colonisé. Il l'a sur sa peau. C'est tout. Il n'a pas d'infection", a-t-il expliqué, expliquant qu'il s'agissait d'"une découverte fortuite". D'autres cas ont par ailleurs été détectés en Amérique du Nord et en Australie, également chez des patients s'étant fait soigner en Inde. Pour le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de Canberra, ces cas connus ne représentent que la "partie émergée de l'iceberg", soulignant la difficulté à "repérer ce gène particulier".
La bactérie, qui produit une enzyme, a été baptisée "New Delhi métallo-beta-lactamase" (NDM-1). Un nom qui a provoqué la fureur des autorités indiennes, soucieuses de protéger l'industrie du tourisme médical. Ce dernier est en effet un secteur qui se développe dans le pays et nombre d'hôpitaux et cliniques s'ouvrent pour proposer des interventions allant du lifting à la chirurgie cardiaque, à la moitié des prix pratiqués dans les pays développés.
Ils crient au complot
"Nous contestons fermement le nom donné à l'enzyme. Et nous contestons également que les hôpitaux en Inde ne soient pas sûrs, y compris pour le tourisme médical," s'est indigné mercredi le ministère indien de la Santé. L'étude du Lancet a été évoquée jusqu'au parlement. Un député nationaliste, SS Ahluwalia, a estimé qu'"alors que l'Inde émerge comme destination pour le tourisme médical, ce genre d'information est malvenue et pourrait servir les noirs desseins de compagnies multinationales" occidentales.
Le NDM-1 résiste à pratiquement tous les types d'antibiotiques, y compris les carbapénèmes, généralement réservés aux urgences et au traitement des infections multi-résistantes. Or, le secteur médical indien a souvent été critiqué pour un usage immodéré des antibiotiques, rendant les souches bactériennes résistantes aux traitements. Le directeur général du Conseil de la recherche médicale indien, reconnaît que la résistance aux traitements "a toujours été un sujet de préoccupation". "Mais lier (cette nouvelle bactérie) à notre politique en matière d'antibiotiques et dire qu'il est dangereux d'être opéré en Inde et que vous y serez infectés est totalement irrationnel", proteste-t-il. Déjà, des professionnels du secteur s'inquiètent. "Les gens vont réfléchir à deux fois avant de venir se faire traiter en Inde. Je pense que tout ça a une motivation économique, pour empêcher les patients de venir ici", a déclaré un chirurgien esthétique indien.
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