© DRMieux vaut être riche et bien portant... Rarement le cynisme d'un adage populaire aura été aussi cruellement vérifié par des études scientifiques. Les inégalités sociales en matière de santé apparaissent ainsi dès l'enfance, comme par exemple le surpoids, souligne la dernière livraison du Bulletin épidémiologique hebdomadaire consacrée à ces disparités qui ont tendance à se creuser. La surcharge pondérale est un "miroir des inégalités sociales dès le plus jeune âge", rappelle Nathalie Guignon (Drees : évaluation et statistiques). Entre 2000 et 2006, le surpoids et l'obésité ont reculé en France chez les enfants de 5 à 6 ans, mais cette baisse est plus marquée dans les milieux favorisés.
Les déterminants de ces inégalités ne relèvent pas du seul système de santé, relève pour sa part Thierry Lang de l'université Paul Sabatier (Inserm, Toulouse) en évoquant diverses causes (sociales, économiques, lieu de vie...) "Le rôle du travail et de l'emploi est majeur", souligne-t-il plus généralement dans un éditorial.
Le signal d'alarme américain
Il relève "par exemple que, pour le cancer du poumon, 50% de la surmortalité des ouvriers est liée aux expositions professionnelles et que les cancers sont à l'origine de 40% des inégalités sociales de santé". Sur les 2,4 millions de salariés exposés à des produits cancérogènes, "70% sont des ouvriers", et ils "meurent trois fois plus du cancer du poumon que les cadres", selon des experts de l'Institut national du cancer (INCa). Des études dont il est toutefois difficile de tirer toutes les conséquences : Thierry Lang pointe la faiblesse des données sociales individuelles sur la morbidité (maladies) et leurs conséquences fonctionnelles. Il est nécessaire de disposer d'indicateurs permettant de caractériser les zones d'interventions prioritaires, poursuit-il.
En revanche, un constat clair se dégage : les inégalités d'espérance de vie "en bonne santé" sont marquées et ajoutent encore une inégalité à celles que creuse déjà la mortalité. C'est ainsi une "double peine" pour les ouvriers qui vivent davantage d'années d'incapacité que les cadres et pour une espérance de vie plus courte. Pour lui, "le recul de l'espérance de vie récemment observé aux Etats-Unis souligne que les progrès ne sont pas inexorables". Ce recul américain est attribué au tabac et à l'obésité, mais ces deux facteurs n'interviendraient que dans "une chaîne de causes" (sociales, économiques, commerciales, réglementaires...) accessibles à des interventions.
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