Dix euros de plus pour une consultation après 80 ans : c'est ce que propose premier syndicat de médecins libéraux pour revaloriser les tarifs des praticiens. Pour ces patients âgés, la consultation en cabinet serait portée à 33 euros, au lieu de 23, la visite à domicile à 43 euros, au lieu de 33 pour les généralistes. Un dispositif qui concernerait aussi les spécialistes.
Cette majoration ne s'appliquerait que pour les tarifs Sécu, c'est-à-dire de secteur 1, et serait donc remboursée. Pour Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), il s'agit de rendre "plus attractif" le secteur 1, qui regroupe les médecins ne pratiquant pas de dépassements d'honoraires.
Une prise en charge plus délicate
"La prise en charge du grand âge est plus compliquée, plus délicate pour plusieurs raisons : le déshabillage, la perte de l'audition, de la vue, les gestes plus lents, le traitement, ce qui nécessite plus de travail", explique le syndicaliste, pour lequel "il faut rémunérer le temps médical". Autre argument : chez une personne de plus de 80 ans, la consultation prend "au minimum 30 minutes", quand la moyenne est de 17 à 20 minutes pour les autres patients, affirme-t-il.
Chaque année, les médecins effectuent entre 20 et 30 millions de consultations de personnes âgées de plus de 80 ans, selon lui. "Cela s'inscrit dans les projets gouvernementaux de prise en charge à domicile des personnes âgées", argumente-t-il, jugeant avoir une "écoute attentive" sur ce point de la part de l'Assurance maladie. Le directeur de celle-ci, Frédéric van Roekeghem, a pourtant déclaré mercredi que ce sujet n'était "pas à l'ordre du jour".
"C'est une discrimination de plus et c'est inacceptable"
D'autres organisations s'élèvent contre le caractère "discriminant" d'une telle mesure. "On croit rêver ! Sans généraliser, les trois quarts des médecins prennent la tension et refont l'ordonnance lorsqu'ils visitent une personne âgée et, s'il y a un coup dur, la personne part aux urgences", s'emporte Joëlle Le Gall, présidente de la Fédération nationale des associations de personnes âgées et de leurs familles. Pour elle, "c'est une discrimination de plus et c'est inacceptable".
"Il faut tenir compte du profil du patient mais pas de l'âge, qui n'est pas un critère recevable", renchérit Magali Leo, du CISS, un collectif d'usagers. D'autant plus, selon elle, que des majorations liées à la complexité des pathologies, existent déjà, comme le forfait "visite longue", qui s'élève à 56 euros par an. Et puis, "dans certaines zones rurales, où les populations sont vieillissantes, ça pourrait être un effet d'aubaine pour les médecins", avance-t-elle.
"Créer une consultation du vieux me paraît assez étonnant", estime de son côté Christian Jeambrun, président du SML (Syndicat de médecins libéraux), plus favorable à des critères médicaux. Selon lui, "à 80 ans, certaines personnes sont en forme, d'autres sont dépendantes, mais ça ne veut rien dire". La CSMF répond que le critère de l'âge existe déjà : les consultations sont majorées de cinq euros chez les enfants de moins de deux ans, de trois euros pour ceux âgés de deux à six ans (Lire notre interview : Dépassements d'honoraires : "Il faut des règles nationales").









