Dans une tribune publiée dans Le Monde daté de samedi, le père du premier bébé-éprouvette français, le professeur René Frydman dénonce les insuffisances et les incohérences de la pratique de la procréation médicale assistée (PMA) en France. Alors que les couples homosexuels revendique le recours à cette pratique pour avoir des enfants, il rappelle que le nombre de PMA n'a cessé d'augmenter en France, atteignant désormais 70.000 par an. Cependant, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous, déplore René Frydman.
Seule une femme sur cinq accouche après avoir bénéficié d'un prélèvement d'ovocytes en vue d'une PMA, un pourcentage "faible" si on le compare à d'autres pays occidentaux, selon le professeur Frydman. Parmi les freins à la PMA, il évoque l'interdiction de la recherche sur l'embryon "érigée en dogme dans notre pays", ce qui revient "à faire de la médecine en croisant les doigts ou en priant pour qu'il y ait grossesse" et "à recommencer encore des tentatives de PMA infructueuses, proches de l'acharnement thérapeutique, au détriment des femmes et des couples".
Développer la conservation des ovocytes
Le gynécologue qui dirige le service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction à l'hôpital Antoine-Béclère à Clamart dénonce diverses "incohérences", comme le fait que 8.000 femmes aillent à l'étranger chaque année pour bénéficier d'un don d'ovocytes, un don rémunéré étant "condamné en France au nom de la gratuité du don d'organe". En outre, pour les familles qui risquent de transmettre des maladies génétiques graves, il dénonce le délai pour avoir accès à la PMA en vue d'un diagnostic pré-implantatoire qui peut, selon lui, atteindre deux ans en région parisienne.
Par ailleurs, le professeur Frydman préconise d'autoriser toutes les femmes à conserver leurs ovules. Cela permettrait de prévenir des stérilités liées à l'âge. Mais pour l'instant, la loi n'autorise les femmes à conserver leurs propres ovocytes uniquement si elles sont atteintes d'un cancer ou si elle participe à un programme de don d'ovules.
Quant à l'anonymat du don de sperme, il devrait être levé tant pour les couples hétérosexuels que pour les couples de femmes à l'avenir, estime le gynécologue. Ce dernier s'interroge néanmoins sur l'impact d'une telle décision sur les délais d'attente, qui atteignent déjà douze mois aujourd'hui. "Il y a nécessité de réformer le dispositif et de proposer un cadre cohérent, performant pour toutes les PMA que l'on prend en charge depuis 30 ans" conclut-il avant de réclamer un plan PMA, à l'instar du plan cancer.










