TF1 News : Quelles sont les différences entre une prothèse de tous les jours et celles conçues pour le handisport ?
Didier Pradon* : La différence est importante dans sa finalité. L'une doit être fonctionnelle, l'autre doit avoir une performance mono-tâche. Pour la compétition, la notion de confort est bien moins importante que la notion de performance. Alors qu'au quotidien, le plus important est le confort et la fonctionnalité. Dans le cas de l'athlète Arnaud Assoumani, sa prothèse pour le quotidien n'a pas la même masse, ni la même angulation que celle utilisée pour l'athlétisme (c'est-à-dire à l'angle du coude). Pour le sport, notre travail consiste à déterminer comment éviter la dissymétrie des deux bras pendant la course et la gêne pendant le saut. Alors que dans le quotidien, l'accent sera mis à favoriser le geste. Pour les prothèses de tous les jours, l'aspect esthétique compte bien entendu mais aussi le fait de faire des mouvements ordinaires comme enfiler un pull, conduire un scooter, etc.... La finalité vient donc conditionner non seulement le poids de la prothèse mais aussi sa configuration par rapport aux membres.
La matière et la technologie ne sont donc pas les mêmes ? Les prothèses qui ont pour but la performance sont donc plus légères ?
D.P. : La différence de masse n'est pas si importante que cela. Le gros travail qui est fait se situe surtout sur l'emboiture, c'est-à-dire au niveau de l'enveloppe du moignon. C'est l'élément le plus important. Pour la performance, on fait un travail bien spécifique. On détermine quel doit être le poids et où il doit se situer dans la prothèse. Par exemple, quand on court, les bras font un mouvement de balancier. Pour éviter que l'athlète compense trop au niveau de son corps, il faut que sa prothèse lui permette de reproduire la bonne inertie du mouvement.
Y a-t-il une prothèse idéale ?
D.P. : La prothèse idéale correspond au meilleur compromis. Un compromis entre l'athlète et son entraîneur. La particularité de ce duo, c'est qu'il y en a un qui visualise le mouvement et l'autre qui le ressent. On est donc sur deux perceptions du mouvement et des compensations qui sont différentes. Notre travail de spécialiste de l'analyse du mouvement c'est de quantifier et comprendre ce qui est en train de se passer. Et c'est cela qui permet au couple de faire des choix de façon à trouver le meilleur compromis.
Pouvez-vous nous dire qui est à l'origine d'une prothèse : l'athlète qui en a besoin ou les prothésistes ?
D.P. : Avec Arnaud Assoumani, le projet est un peu particulier puisqu'il s'est monté autour de lui. Mais, ce n'est pas une démarche automatique des athlètes handisport. C'est notre compétence sur la compréhension du mouvement pathologique et de la compensation du corps lié au trouble du mouvement qui fait que l'expertise du laboratoire a été sollicitée par lui et son équipe. Arnaud et son entraîneur voulaient comprendre le mouvement de sa course pour l'analyser et ainsi améliorer sa prothèse. En tant que spécialistes de l'analyse du mouvement, nous avons permis à l'équipe technique de verbaliser et de faire des choix. Puis ces choix ont été accompagnés par Lagarigue, un prothésiste français. Son travail a donc été simplifié puisqu'il disposait de caractéristiques.
Le travail réalisé pour la prothèse d'Arnaud Assoumani va-t-il servir pour d'autres sportifs ?
D.P. : Ensemble, nous avons essayé de tirer un processus général de prise de décision pour que la fédération handisport puisse s'appuyer dessus pour les prochains athlètes que ce soit pour la course, le saut... Cela devrait être d'ailleurs présenté à la rentrée à la cellule recherche de la fédération. Nous allons aussi nous déplacer aux jeux paralympiques de Londres fin août pour faire connaître notre technologie.
* Didier Pradon, biomécanicien du laboratoire d'analyse du mouvement de Garches, a travaillé avec ses collaborateurs Alice Bonnefoy et Jean Slawinski, à l'élaboration de la prothèse pour le bras de l'athlète paralympique Arnaud Assoumani.







