La nageuse Laure Manaudou, le 22 avril 2008 © TF1/LCI
Professeur en sciences du sport à l'Université de la Méditerranée, à Marseille, Hubert Ripoll est l'auteur du Mental des champions, publié aux éditions Payot (1). Un ouvrage dans lequel il présente le témoignage de 16 grands champions français et décortique leur univers psychique.
LCI.fr : Quelles qualités sont-elles nécessaires pour se forger un mental de champion ?
Hubert Ripoll : La principale qualité, c'est être capable de durer et forcément, d'endurer. Pour cela, il faut une motivation à toute épreuve. Elle peut être tournée sur la satisfaction ou l'affirmation de l'ego et sur la notion de progrès et de plaisir dans l'exercice de l'activité sportive. La satisfaction de l'ego est un puissant carburant mais en cas d'échec, les blessures sont telles que le champion peut décider de tout arrêter. Reste qu'on n'a jamais un champion sans ego fort ni sans la jouissance à pratiquer un sport.
LCI.fr : Votre ouvrage montre qu'à l'origine de la carrière des champions, il y a aussi une sorte de traumatisme personnel...
H. R. : Il y a forcément un élément fondateur. Sur les seize champions que j'ai interrogés, quinze ont en effet évoqué des blessures profondes : problèmes familiaux, racisme, difficultés d'intégration, besoin de reconnaissance...
LCI.fr : Dans la carrière d'un champion, quelle part peut-on attribuer à ses qualités physiques et quelle part à ses qualités mentales ?
H. R. : Ce n'est pas une question de pourcentage. On est là dans un processus interactif : les potentialités physiques interagissent avec les potentialités mentales. Il n'y a pas de dosage possible. Ce qui est certain, c'est que si un athlète n'a pas de mental de champion, il ne sera jamais champion, quelles que soient ses qualités physiques.
LCI.fr : Peut-on mettre au point une méthode pour forger un mental de champion chez les sportifs français de haut niveau ?
H. R. : Je crois que c'est ce que je montre dans ce livre. J'ai croisé l'âge, le sexe et les activités de personnes différentes. Je les ai passés au même filtre. J'en ai extrait ce qui est commun à tout le monde. Ces points sont généralisables à l'ensemble des sportifs de haut niveau.
LCI.fr : Que faudrait-il faire pour améliorer la préparation mentale des athlètes français ?
H. R. : Il faut que le mouvement sportif français ne fasse pas la sourde oreille à tout ce qui est psy. Certaines fédérations sont très ouvertes ; d'autres, très sectaires. Il faut réformer le système ; il y a de très bons psychologues en France. La Société française de psychologie du sport avait proposé quelques règles, notamment accréditer les psychologues et les faire superviser par des pairs. Mais les autorités ne les ont jamais pris en compte.
LCI.fr : Comment expliquez-vous ces freins ?
H. R. : Par un manque de culture. Certains domaines relèvent également du pré carré. Il y a par ailleurs des questions de marchés et de trafics d'influence. Or le dispositif d'accompagnement psychologique des athlètes français est très mauvais. J'ai souvent vu des sportifs en grande souffrance et ça, c'est inadmissible.
(1) Hubert Ripoll : Le mental des champions, comprendre la réussite sportive (Payot), 236 pp., 18 euros.
Hubert Ripoll tient par ailleurs un blog également appelé Le mental des champions
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