Alain Bernard of France celebrates after setting a world record in his men's 100m freestyle swimming semifinal at the National Aquatics Centre during the Beijing 2008 Olympic Games, August 13, 2008. REUTERS/Jerry Lampen (CHINA) © REUTERSOn le surnomme le requin blond. Aussi timide dans la vie que tenace dans un bassin, Alain Bernard est devenu, après des années d'efforts et de milliers de longueurs, champion olympique de natation. Une consécration pour le gamin d'Aubagne. Petit, il se rendait pourtant à la piscine sans aimer l'eau, en traînant les pieds, parce que sa mère voulait qu'il apprenne à nager. Lui n'avait qu'un rêve, devenir gardien de but au foot, comme Bats, Lama ou Barthez. Il persévère toutefois dans la natation et à la fin des années 90, à 16 ans, il fait le choix de partir pour Marseille, dans des structures mieux adaptées au haut niveau. Le frêle adolescent y rencontre Denis Auguin, quelques mois avant les Jeux de Sydney.
L'osmose entre les deux hommes ne s'est pas faite immédiatement. Les deux hommes se cherchent, tant personnellement que l'un par rapport à l'autre. Denis Auguin est alors un jeune entraîneur de 38 ans, qui n'a pas encore sa propre méthode d'entraînement. Résolument tourné vers une approche plus scientifique et moins physiologique, il se construit tout en aidant le jeune nageur à se construire. Bernard, lui, avoue avoir été un peu perdu au début. "J'étais à des années lumière de pouvoir imaginer une relation entraîneur-entraîné, j'étais assez insouciant parce que j'étais jeune", se souvient-il.
Trop confiant, il se loupe aux Mondiaux 2007
L'élève est frêle, mais le potentiel est là. Denis Auguin multiplie les séances de musculation, jusqu'à la perfection. Au passage du nouveau millénaire, Alain Bernard est prêt pour le haut niveau. De 2000 à 2004, il tutoie les sommets, mais tarde un peu à franchir le dernier pallier. Il pense pouvoir le faire aux JO d'Athènes, à l'été 2004, mais une toxoplasmose le stoppe net. Il songe alors à tout laisser tomber, mais il y a "un petit truc" qui le retient dans les bassins, explique-t-il. Le nageur serre les dents, s'entraîne sans relâche à Marseille jusqu'en 2006, puis à Antibes, où il choisit de suivre son entraîneur de toujours, congédié par le club phocéen.
2007 doit être l'année Bernard. Il est prêt, se sent au meilleur de sa forme. Peut être un peu trop. Par excès de confiance, il laisse filer sa qualification pour la finale sur 100 m nage libre au Mondiaux en voulant s'économiser. Pour son entraîneur, la pilule a du mal à passer. Son protégé lui jure alors qu'il se rattrapera lors des championnats d'Europe 2008. Et il tient parole : il pulvérise deux fois de suite le record du monde du 100m nage libre vieux de huit ans.
Un doublé à Pékin ?
Alain Bernard arrive au top physiquement, affûté comme jamais à Pékin. Il est en pleine confiance, mais encore une fois, il flanche, cette fois-ci en finale du relais 4x100 nage libre, laissant filer l'or au profit des Américains, qui étaient pourtant à la porté du quator français. Touché au moral même s'il refuse de l'admettre dans un premier temps, Alain Bernard fait son mea culpa et doit se remettre en question pour le 100m nage libre, la discipline reine de la natation. Le record du monde, le record olympique, le record d'Europe, il n'en veut pas. Une seule chose l'obsède : l'or olympique.
Dans le bassin du Water Cube, la guerre est ouverte à distance avec son rival, l'Australien Eamon Sullivan. Ils se chipent le record du monde à tour de rôle en demi-finale, jusqu'à la confrontation ultime, qui tourne à l'avantage du français. Toute une vie de travail pour la plus belle consécration que le sport peut offrir. A peine sorti du bassin, il a une pensée pour ceux qu'il a déçus. "Cette défaite au relais 4x100 m'a beaucoup touché. Je l'ai prise à coeur, j'ai pris la responsabilité sur moi", explique-t-il. "Aujourd'hui, j'ai gagné contre des adversaires énormes. Ça a été la grosse bagarre, je suis fier d'avoir touché le premier." Alain Bernard entre au Panthéon des athlètes français. Mais un autre défi l'attend encore : le 50 mètres nage libre homme. Pour oublier, peut-être définitivement, ses errements du passé.
Alain Bernard "à un corps raide comme un morceau de bois" |
Pour l'ostéopathe d'Alain Bernard, le corps du nageur est "une catastrophe". "Quand je l'ai eu pour la première fois entre les mains, je n'ai pas eu l'impression d'avoir le corps d'un sportif mais un morceau de bois. Il est très raide, au point de se demander s'il a réussi un jour à toucher le sol avec les mains. Ses épaules sont aussi très raides au point quasiment de l'empêcher de nager correctement le papillon. Ses muscles ne sont pas très élastiques. Résultat, Alain a constamment mal en bas du dos. C'est un lombalgique." Il poursuit : "Je le vois une fois par semaine et je le débloque à chaque fois. En permanence, Alain souffre donc à l'entraînement et en dehors. Toute l'année sauf en période d'affûtage où il se baigne juste, il ressent des douleurs musculaires." Quant à ceux qui pourraient évoquer du dopage, l'ostéopathe répond : "Ses muscles sont naturels, dus au travail. S'il se dopait, il en aurait partout. Là, il est plutôt très sec. D'ailleurs, il maigrit dès qu'il est en vacances, qu'il arrête de solliciter ses muscles". |
Retour MYTF1






