"Les fermetures de classes, ça coûtera cher au Président"

Par , le 24 juin 2012 à 13h58 , mis à jour le 24 juin 2011 à 18h43

Dossier : Sur le terrain avec...

Sur le terrain avec... - Organisation des primaires PS, gel de fermeture des classes, dette grecque, arrestation manquée d'Aurore Martin, radars... Les médias en ont fait leur Une cette semaine. Et dans les Pyrénées-Atlantiques, dans la circonscription du député MoDem Jean Lassalel, de quoi a-t-on parlé ?

Jean LassalleJean Lassalle © DR

De loin, il est certainement le plus "hors norme" des députés... Fort en gueule et pas langue de bois, l'accent béarnais en prime, Jean Lassalle n'a peur de rien et avoue fonctionner à l'instinct...

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Obstiné et sans scrupule, l'élu a plusieurs fois tenté le tout pour le tout à Paris, dans l'hémicycle. En 2003, pour obtenir le maintien d'une gendarmerie près du tunnel du Somport, il entonne l'hymne des Pyrénées en béarnais lors des questions au gouvernement...

En 2006, pour empêcher le départ d'une usine du groupe Toyal Europ, il entame une grève de la faim : installé sur un canapé de la salle des quatre colonnes, lieu d'interviews des journalistes et députés, il perd 21 kg pendant 5 semaines avant d'obtenir gain de cause.

"Mon frère"

François Bayrou l'appelle "mon frère" depuis 30 ans, date de leur rencontre au Festival des chants Béarnais de Siros. Là aussi, Jean Lassalle chantait sur le podium...

Sur le terrain, dans les vallées, le député des Pyrénées-Atlantiques visse son béret et prend son pastou, son bâton de marche, pour partir à l'assaut de la défense du terroir. Ses administrés l'appellent Jean et le tutoient. Il n'est pas rare de le voir accompagner en transhumance les brebis de son frère.

Fondateur et élu président de l'Association des populations des montagnes du monde, il a lancé, avec son collègue communiste André Chassaigne, un appel national pour des Etats généraux des campagnes françaises. De son village, cette semaine, Jean Lassalle a été à l'écoute de ses administrés.

TF1 News : Dans vos montagnes, vos administrés s'inquiètent-ils d'être fichés politiquement, comme le dénonce l'UMP à l'occasion des primaires socialistes ?

Jean Lassalle : Il n'y a pas qu'à cette occasion qu'ils s'inquiètent... J'ai eu beaucoup de conversations, dans plusieurs bouts de territoires, venant de niveaux sociaux différents, de gens qui s'alarment de pouvoir être suivis par exemple grâce aux téléphones... Les primaires socialistes, c'est la cerise sur le gâteau car même chez les sympathisants de gauche, cela peut être un problème. La campagne très forte de l'UMP à ce sujet a marqué le terrain.

TF1 News : On n'a d'ailleurs pas beaucoup entendu le MoDem sur ce sujet ?

J. L. : Bien sûr qu'il y a une part de vérité mais c'est aussi une avancée. On essaye tous de trouver des moyens pour de nouveau impliquer le citoyen dans la vie publique et cette organisation de primaires peut être considérée comme un progrès. Personnellement  je ne suis pas totalement de marbre, je sais qu'il y a un problème, mais ne soyons pas en France à toujours interdire tout...

TF1 News : Vous êtes vous-même maire d'un petit village, prêterez-vous une salle ou faciliterez-vous l'organisation du vote aux primaires socialistes ?

J. L : Je vais envoyer une lettre à mes 150 habitants pour leur expliquer que je sollicite les listes électorales et que celui qui s'oppose à ce que son nom y soit inscrit me le dise. Je ne veux pas décider à la place du citoyen. Il est sûr que je ne vais pas aller courir après les listes pour savoir si elles ont bien été détruites ou pas, je fais confiance au PS.

exergue "Nous sommes très proches des insurgés d'Espagne, les liens sont très forts, chez nous, les gens craignent la contagion"

TF1 News : Nicolas Sarkozy a annoncé le gel des fermetures des classes en primaire pour 2012. Une annonce qui a rassuré vos électeurs ?

J. L : Les gens ne prennent pas au sérieux cette annonce... Ils m'en ont parlé uniquement pour en sourire tristement. La fermeture des classes, le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, ce sont là des mesures qui ont beaucoup fait souffrir et qui seront reprochées à Nicolas Sarkozy. Chez nous, l'instituteur au village, c'est quelque chose de très important. Moi, j'ai pu sauver pas mal de mes classes mais ça coûtera cher au Président.

TF1 News : Pas très loin de chez nous, la Grèce est mal en point... Vos administrés sont-ils inquiets de cette situation ?

J. L : Ils m'en reparlent car il y a eu une dramatisation au cours de la semaine. Ils en parlent d'ailleurs uniquement pour défendre les Grecs, qui sont obligés de tout vendre. Quand on voit leurs yeux hagards, ça touche. Nous sommes surtout très proches des insurgés d'Espagne, les liens sont très forts, chez nous, les gens craignent la contagion.

TF1 News : Votre fonction d'élu ne sert-elle pas justement à les rassurer ?

J. L : Je les rassure en leur disant qu'il y a l'Europe pour gérer la crise mais je voudrais bien en être persuadé! Au fond de moi, je suis sceptique car je sais bien qu'on n'en a pas les moyens...

exergue "Cette question (de l'ETA) est particulièrement sensible. Ici, on m'en a parlé toute ma jeunesse..."

TF1 News : A Bayonne, la tentative d'arrestation de la militante basque Aurore Martin a échoué. Vous a-t-on parlé de cet épisode ?

J. L : Oui beaucoup ! Et les avis sont très partagés, c'est trans-courant, le problème est complexe ici !

TF1 News : Vous-même, député, condamnez vous cette volonté de vouloir l'arrêter ?

J. L : Le processus de paix est engagé avec l'ETA. Or il faut toujours une petite période d'adaptation, de préparation, d'apaisement pour mettre un terme à une guerre. La France doit être le pays facilitateur et ce n'est pas en livrant Aurore Martin aux autorités étrangères qu'on apaise!

TF1 News : Pourtant, Aurore Martin fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen ? Ne devez-vous pas prôner le respect des lois ?

J. L : Je suis élu de tout le peuple et cette question est particulièrement sensible. Ici, on m'en a parlé toute ma jeunesse... Il faut savoir être souple pour aboutir à la paix, c'est plus digne.

TF1 News : Si François Bayrou est élu en 2012, que fera t-il pour le  cas d'Aurore Martin ?

J. L : Je n'en ai pas parlé avec lui, mais j'espère bien qu'il appliquera l'apaisement pour changer les choses.

exergue "Je ne m'interdis pas de refaire une grève de la faim pour sauver une maternité"

TF1 News : Sur le terrain, les gens se sont beaucoup plaints de la mesure prise pour enlever les panneaux avertissant les radars. Le Gouvernement vient de reculer sur ce point, avez-vous eu des réactions ?

J. L : Je viens d'en parler car j'arrive justement d'un pot de départ d'un Commandant de gendarmerie, celui là même qui m'a retiré mon permis pendant 2 ans car j'avais perdu tous mes points! Comme beaucoup de mes administrés, j'ai dû le repasser et je tremble pour l'actuel à nouveau entamé. Il faut savoir que deux millions de Français sont sans permis et n'ont pas de chauffeur pour se faire conduire. C'est une grande détresse, un grand dénuement pour eux, ils ont souvent perdu leur emploi  à cause de ça! Ils m'en parlent bien sûr.

TF1 News : Vous avez déjà conduit sans permis ?

J. L : Jamais je n'ai conduit sans permis, j'avais un copain à la retraite qui me donnait un coup de main pour me conduire mais il ne pouvait pas toujours être là...

TF1 News : Nous sommes au téléphone pour cette interview et je fais le pari que vous êtes en voiture avec une oreillette ?

J. L : Oui, je suis en voiture et je roule, mais sans oreillette, j'ai un système de téléphone ultrapuissant et sophistiqué qui me permet de rouler sans danger...

TF1 News : De manière générale, de quoi vos administrés vous parlent-ils dans vos vallées ?

J. L : Ils expriment une angoisse collective, forte, trans-courant, une angoisse latente difficile à cerner. Ils s'inquiètent de leur avenir, de leur rémunération. Nous sommes dans une zone rurale touchée par la disparition des campagnes où le gouvernement préfère parler aux ours qu'aux bergers!

TF1 News: Comptez vous chanter à nouveau un jour ce désespoir en béarnais dans l'hémicycle ?

J. L : Mais savez-vous que les touristes qui visitent l'Assemblée demandent où était assis le chanteur ? Pour ma part, un artiste ne refait jamais deux fois le même numéro ! Mais je ne m'interdis pas de refaire une grève de la faim pour sauver une maternité par exemple...

Zoom sur... les Pyrénées-Atlantiques

« Lo Bearnés qu'ei praube, mes non capbaisha » -  Le béarnais est pauvre, mais il ne baisse pas la tête  (Dicton béarnais).
 
Situées en Région Aquitaine, les Pyrénées-Atlantiques sont frontalières avec l'Espagne. La partie occidentale est principalement habitée par les Basques et la partie orientale par les Béarnais. Le numéro 64 du département fait souvent référence au symbole de l'identité locale. Sur le plan économique, avec l'exploitation du gaz, le département est devenu l'une des places internationales incontournables de l'énergie. Les secteurs aéronautiques, agricoles et touristiques y sont également considérablement développés. La 4e circonscription de Jean Lassalle se situe dans les montagnes, à cheval entre le Béarn et le Pays Basque; les exploitations agricoles y prédominent. 6 députés se partagent le département; 2 MoDem, 2 UMP et 2 PS

Par Anne Lorrain le 24 juin 2012 à 13:58
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17 Commentaires

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  • kosotto1, le 26/06/2011 à 18h31

    Vous avez raison c'est un béarnais, mais ils ont quand même quelques valeurs communes, comme l'honneur et le sens du devoir non ?

  • look165, le 26/06/2011 à 18h28

    Selon le recensement INSEE de 2007, sur quelques 18 millions de familles, 7,2 millions étaient sans enfants. Donc ça ne lui coûtera pas si cher que ça vu ce que ça va rapporter en économies de frais de fonctionnement. Ce n'est pas au mètre cube ou à la tonne que l'on obtient des résultats en matière d'éducation, mais en fonction de l'enseignement dispensé, et, là, il y a beaucoup à faire.

  • valente12, le 26/06/2011 à 18h09

    De toute façon il n'aurai jamais voter pour lui donc ce n'ai pas une grosse perte et pensée que chaque fonctionnaire c'est encore plus d'impôts et franchement j'ai toujours des enfants en ages scolaires et je ne voie pas la différence

  • ovation1, le 26/06/2011 à 18h04

    Mais kosotto 1 c'est dieu ! vous ne le saviez pas encore !

  • karwa64, le 26/06/2011 à 16h52

    Pour kosotto1: pas Basque, Béarnais !!! c'est pas du tout, mais alors pas du tout pareil !!

  • kosotto1, le 26/06/2011 à 16h42

    Basque, tout simplement !

  • guilmor, le 26/06/2011 à 10h18

    C'est un illuminé.

  • rose-marie54, le 26/06/2011 à 09h26

    à quand des politiciens sans privilèges, comme en Scandinavie,il fait tout simplement de l'électoralisme

  • erwan8300, le 26/06/2011 à 09h05

    Voilà un homme d'état et non un politicien "professionnel" qui ne pense qu'à sa carrière.

  • cipolje, le 26/06/2011 à 08h05

    Ce qui coute cher à la France, ce sont des visions à court termes comme la votre: vos enfants (si vous en avez) ne sont plus dans le sytème scolaire je suppose, sinon vous n'aimeriez pas qu'ils soient dans des classes de 35 en anglais par exemple!

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